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USA - 1994 (Killing Zoe)
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Genre : Gang Bang, he shout me down Réalisateur : Roger Avary Scénario : Roger Avary Directeur de la photo : Tom Richmond Casting : Eric Stolz, Jean-Hugues Anglade, Julie Delpy, Bruce Ramsay, Gary Kemp, Salvator Xuereb, Tai Thai… Musique : Tomandandy
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Scénario
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En salle la scène d'ouverture fait vite douter le spectateur. Une caméra embarquée sur le capot d'une caisse déambule le long des rues parisiennes filmant à l'emporte pièces des passants qui traversent, des Renaults 5, 16, et des Citroën d'un autre âge le tout garé ou à la croisée d'un carrefour, ou encore des palissades de chantier (passionnant) sans oublier le camion poubelle dans son labeur du matin. Sur la pellicule maussade proche du téléfilm on s'attend à ce qu'un générique en Hélvética corps 12 nous annonce la présence de Véronique Genest dans une sous-production qui fleure bon le policier du jeudi soir. On cherche d'instinct la zapette sur le siège d'à coté et/ou on s'apprête à porter plainte contre X pour faute de goût. La suite heureusement n'a rien à voir avec les tribulations d'une Julie Lescaut et cette référence ne sert qu'à décrire un générique résolument vilain. Passons. Zed (Eric Stolz) débarque à Paris pour affaires. Visiblement abruti par les heures de décalages du vol New-York / Paris il se laisse aller aux palabres d'un Moïse au volant de son taxi qui lui arrange en douce, pour sa première nuit, une rencontre avec "une française, très bien". Plus tard Zoé (Julie Delpy) débarque et déballe. Tout. Elle n'est pas pute mais paie ses études et n'a d'orgasme qu'avec les types qui lui plaisent ce qui n'est pas courant et plutôt un compliment pour l'américain. Puis c'est Eric (Jean-Hugues Anglade) qui débarque. Il fout Zoé à la porte parce que son pote d'enfance n'a pas de temps à perdre : demain c'est le 14 juillet, Eric organise un braquage historique à la Banque Internationale de Paris et ils n'ont plus que quelques heure pour fêter ça. Killing Zoé est visiblement un film de gueules. D'entrée celle embourbé de Stolz force la sympathie tandis que celle de Delpy enchante. Leurs tendres échanges sur l'oreiller, le cul entre deux chaises, entre la réserve et la déclaration flattent les sens : la vue se délecte et l'ouïe n'en perd pas une miette. Le plus naturellement ces deux personnages s'apprécient et communiquent via de subtiles mimiques la douceur de l'instant. L'autre gueule, celle explosive d'Anglade, vient pimenter l'ensemble. Il aboit, jappe, claque, embrasse à tour de bras et joue de son allure mi-ange mi-démon, en épicurien déjanté, brûlant la vie par les tous ses bouts. Eric n'est qu'un bateau ivre de tempêtes, prêt à entraîner son équipage dans son sillage désespéré. L'excès à la française agacera peut-être d'éventuels lassés des enflammées à la Depardieu, mais il explique à lui seul la spontanéité dévastatrice d'un braquage censé être minutieusement préparé. Virant à l'extrême lors de dérangeantes scènes festives d'avant hold-up, Anglade distille son jeu de ponctuelles attitudes d'une lucidité à faire froid dans le dos. Lorsqu'il retrouve Zoé dans la banque en pleine action, il est impossible de lire sur son visage s'il la reconnaît ou non, et lorsqu'il braque un otage il est difficile d'évaluer s'il va presser la gâchette. On fait alors comme Zed : on tente de suivre et on ne se pose pas trop de questions, ou alors trop tard. Et dire qu'au début on voulait juste tâter du danger, nous voici embarqué dans une sordide histoire, du sang plein les mains, avec un acharné sous héroïne en chef de file. Killing Zoé est bien plus qu'un long métrage estampillé "film de potes de Tarantino". Bien sûr on reconnaît en cours de route les rouages qui plaisent et qu'entretient Quentin telle que des scènes de dialogues typiques, décalées et passives, dans les moments les plus inopportuns, ou encore ce goût presque adolescent pour l'action, son lot d'hémoglobine et de sur-consommation de stupéfiants en tous genres. Néanmoins le point fort de ce premier long d'Avary concerne sa relative sobriété. D'un angle de vue scénaristique il s'articule autour de 3 scènes principales Rencontre / Fête / Braquage, et ne comptabilise au maximum qu'une petite dizaine de "chapitres". Le fond de l'histoire n'a rien en soi de particulièrement original et ne repose sur aucune pirouette attendue. Le rythme de ce film tant suggéré qu'utilisé dans sa forme, ne privilégie que l'instant présent et nous ramène indirectement à ce que vit précisément Zed dépassé par les événements. Impossible de se poser pour mieux se projeter, inutile d'avoir toutes les cartes en mains pour essayer de mieux comprendre. Tout n'est que sous-entendu. Avary ne cherche jamais à expliquer la raison et la force de l'amitié qui lie Zed à Eric, pas plus qu'il n'essaye de mettre de longues tirades pour exprimer l'attraction fusionnelle entre Zoé et Zed. Il n'a pas besoin non plus de justifier les deux "Non, c'est hors de question" prononcés respectivement par le banquier et le vigile du coffre-fort, qui cassent l'entrain global mais sonnent comme de vains obstacles face à l'acte de folie. En fait ce qui s'apparenterait à des scènes de description rendrait caduque l'effet de surprise, désincarnerait le spectateur alors au coeur de la tourmente et rendrait anodine cette histoire de hold-up. C'est tant l'axe fort du film qu'en bout de course la présence policière n'est que suggérée, ou presque, avec en guise de bouquet final une fusillade en huit clos où pas un seul fusil d'assaut du GIGN ne pointe le bout de son canon. Balèze. Et encore je vous passe les détails sur les autres petites perles disséminées de ci et là, qui vaudraient presqu'à elles seules le détour : le groom français qui parle anglais, le client américain qui se vante de la libération, la junkie qui drague Zed, la soirée de défonce extrème, Eric et Oliver qui "font les morts", Claude qui raconte une blague à ses potes de gang, Oliver qui a une absence face au coffre fort, Anglade qui chante Yves Montand... Que du bon. Sorti en pleine période de films jugés particulièrement violents après le Léon de Besson, et le Tueurs nés d'Oliver Stone, Killing Zoé fût l'affiche qui fit déborder la critique, prit à part entre la volonté d'énoncer les qualités de ces oeuvres cinématographiques et ce besoin tout naturel d'enrayer l'engouement pour ce cinéma plus brutal qu'à l'accoutumée. Avec le temps on se dit que finalement tout se digère et que depuis d'autres violences plus fortes ont eu leur support cinématographiques, que cela soit celles mises en scène par un Spielberg lorsqu'il raconte la guerre ou bien celles de Gaspard Noé lorsqu'il décrit un viol. Avec le temps donc Killing Zoé bonifie sa cuvée, mettant en exergue sa belle mise en forme et son impeccable sens du rythme. Avec le temps enfin, on apprend à faire la différence entre des films gratuitement violents pour le spectacle et les autres. A ce titre il serait peut-être temps de diminuer le nombre de copies des blockbusters de Mickael Bay. Non ?
Enzo
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Le pour : Rythme, jeu, insoutenable légèreté d'actes condamnables. Le contre : Scènes de rue d'ouverture et de fermeture, très vilaines.
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Grande Bretagne - 2005 (Brothers Grimm)
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Genre : film d'entreprise
Réalisateur : Terry Gilliam
Scénario : Ehren Kruger
Directeur de la photo : Newton Thomas Sigel
Casting : Matt Damon, Heath Ledger,
Jonathan Pryce, Lena Heady, Monica Bellucci
Musique : Dario Marianelli
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Scénario
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Mise en scène
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Photographie
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Acteurs
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Effets spéciaux
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Chez Les Grimm, les jours de fêtes, c'était soupe au lard. Sans lard. Au prix du lard... Une bonne bolée d'eau chaude avec un peu de terre en guise de sel. Au prix du sel.
Et pour soigner la tuberculose de leur mère, Wilhelm et Jacob, surtout Wilhelm d'ailleurs, devait aller briser l'épaisse couche de glace qui recouvrait le puit au fond de la cour, pour en extraire un peu d'eau à l'aide d'une fourchette. Non pas que Jack n'aima pas suffisamment sa maman pour s'adonner à cette basse besogne, bien au contraire, mais sa formidable lucidité pré-adolescente lui avait déjà fait entrevoir le pire. Et loin d'accepter la fatalité, ce dernier avait décidé de se réfugier dans un monde imaginaire.
Comme pour surmonter les vicissitudes d'un monde réel décidément trop cruel. La vie est en effet bien moins rude au pays des haricots magiques.
Pourtant, Les Frères Grimm ne vont pas devenir dealers par dépit malgré leur rude apprentissage en zone rurale. Ce lourd passif ne les conduira pas non plus à brûler des voitures car l'éducation qui fût la leur lors de leur passage au pensionnat de Sarlat va à jamais guider leur existence. Comme quoi, il n'y a pas de fatalité.
Devenus de vrais filous professionnels avec mention bien en chourre et assez bien en escroquerie, ils vont écumer leur contrée natale à l'affût de gogos près à tous gober. Et à l'époque, il n'y avait qu'a se baisser. D'où un succès fulgurant auprès des populaces locales.
La raison face aux croyances. Un bon fond de commerce que perpétuent encore allègrement les télévangelsites de tous poils et de toutes confessions. Qui a dit que les temps changent?
- Mais nan, c'est Le temps qui change. Y a plus d'saisons ma bonne dame.
Ha, d'accord.
Pour appuyer cette évidence climatologique, il est vrai que pour enrhumer du crétin, ils connaissent leur affaire : exorcisme de sorcière, chasse aux trolls et engrossage de jeunes villageoises crédules n'ont pas de secrets pour eux. Du moins pour le dégourdis et sceptique Will. Car son frérot lui n'a pas atterrit depuis sa prime jeunesse et voit des nains partout.
Et pour bien noircir le tableau, leur patrie est en passe de tomber sous le joug d'un nabot corse neuroleptique au "moi" surdimensionné. Un sale français mangeur d'escargots et portant le bicorne, qui voudrait faire main basse sur tous les champs de patates des royaumes alentours. Ce mégalo court sur pattes envoie donc ses troupes dans la campagne germaine pour instaurer les préceptes cartésien en lois officielles. Entrant ainsi en conflit ouvert avec les frangins Grimm.
Rien à y redire. Le thème était taillé sur mesure pour Terry Gilliam. Sur le papier. Car dans les faits, le constat est plus amer.
Les largesses qu'il a prises avec la biographie de vrais Frères Grimm sont plutôt réjouissantes, les décors sont somptueux, l'atmosphère forestière
est présente et Matt Damon est franchement excellent.
- sérieux??
Vraiment.
Il transperce l'écran dans son rôle de faux-cul cynique à qui on ne la fait pas. Il s'est totalement investit, avec beaucoup de générosité, et on ressent même la jubilation de l'acteur dans certaines scènes. Le contre-emploi payant que cherche beaucoup de comédiens. Souvent vainement.
Ici, ça prend. Malheureusement, le reste du casting et un peu écrasé par la performance. Jonathan Pryce fait ce qu'il faut, ni plus ni moins, en bon routier de l'univers gilliamesque, Peter Stormare en fait des caisses, Lena Heady est transparente, Monica Bellucci, anecdotique, et Heath Ledger
marche un peu trop sur les plates-bandes de Johnny Depp pour être honnête. Ensuite un compositeur, Dario Marianelli, qui fait son Danny Elfman.
Niveau mise en scène, Gilliam nous a trop habitué à son foncier hors du commun. Hors, Les Frères Grimm s'essouffle assez rapidement. Notamment à cause d'une intrigue "même pas secondaire", puisqu'il s'agit du fond du film, mais envisagée comme telle. Du coup, totalement dispensable.
Et puis son style, reconnaissable entre mille, fait de grand-angles et d'effets spéciaux à la débrouille est en train d'être rongé par la standardisation du tout-numérique. Et ça, ce n'est guère rassurant.
Depuis le naufrage financier, totalement injuste, du Baron De Munchausen, Terry Gilliam traîne cette étiquette rare et précieuse mais Ô combien pesante d'électron libre du cinéma d'entertainment américain. Comme d'aucun porte un fardeau. Et il est résolument seul à porter sa croix.
La Sainte Inquisition Hollywoodienne a donc à l'œil ce farfelu mage au rire sardonique et aux projets démoniaques. Ces prétentions étant en effet forts hérétiques : faire rêver, rire, pleurer. Emouvoir en somme.
Pourquoi le sortilège ne prend-il alors pas?
Le sorcier Gilliam aurait-il dépensé trop de bave de crapaud et de cornes de bouc dans son Grand Oeuvre maudit, Don Quichotte? Ou faute à un scénar si mal ficelé que même un maître jedi de l'imaginaire tel que lui ne pouvait mener Les Frères Grimm à bien. Même pas sûr.
Car le film de commande est un exercice dont il peut s'affranchir avec brio ; L'Armée Des Douze Singes. Les voies du succès sont décidément aussi obscures que celles des forêt teutonnes du XIXème siècle. Et on ne gagne pas à tous les coups, malheureusement. La plupart des ingrédients alchimiques étaient pourtant réunis dans la petite entreprise Grimm : la fable, le visuel, Le comédien...
Le problème majeur avec les recettes magiques, c'est précisément que s'il manque le moindre ingrédient, la concoction aux propriétés surpuissantes vire au placebo. Et côté maîtrise scénaristique, Terry Gilliam semble avoir été mis sous tutelle. Ou alors dépassé. Or, aux vues de ses antécédents, il est difficile d'imaginer un Gilliam débordé par quelques circonvolutions scénaristiques. La première option s'impose d'elle même.
- Dans ton esprit de fan tordu, oui.
Moi je suis le fan, c'est toi mon esprit, espèce de tordu!
On sent qu'à plusieurs reprises dans Les Frères Grimm, les rangs de la confrérie des Inquisiteurs se sont resserrés autour de lui. Quand son espiègle esprit commençait à marauder trop ostensiblement, faisant gonfler sensiblement un budget déjà astronomique. Du moins pour un Terry Gilliam.
Le film est donc ponctué de Gilliam par intermittence. Et à la vérité, il n'est surement pas totalement étranger au ratage relatif du projet. Avec son caractère de cochon, avec celui des frères Weinstein, et avec tous les aléas que peut comporter un film réalisé par le plus anglais des américains.
Et comme si la fiction, ou la vision, rattrapait la réalité, ce dernier ressemble de plus en plus à son héros Brazilien Sam Lowry. Reste à savoir s'il se fera broyer par La Machine ou si son âme est définitivement libre de toute contingence. On en saura plus dans son prochain tour de passe-passe.
En tous cas, à Cinematic, on lui souhaite de vivre heureux éternellement. Sinon j'ai une bonne adresse de marabout pour lui.
Aswip'
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Le pour : Il était une fois...
Le contre : on sait comment finissent les contes de fées.
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USA - 2005 (Rize)
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Genre : Bouge !
Réalisateur : David LaChapelle
Scénario : Streets in L.A.
Directeur de la photo : David LaChapelle
Casting : Tommy the Clown, Lil C, Dragon, Tight Eyez, Miss Prissy, La Niña...
Musique : Amy Marie Beauchamp, Jose Cancela
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Scénario
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Mise en scène
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Photographie
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Acteurs
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Effets spéciaux
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A Los Angeles les orphelins sociaux sont forcément noirs. A peine sortis de l'enfance des gosses servent de proie aux gangs à l'affût, qui ponctuent un quotidien tendu, de fusillades à l'aveugle. La ville dont le nom évoque plus les âmes de ceux qui n'y survivront pas, qu'une quelconque allégorie chrétienne, teinte souvent son bitume d'un rouge sombre... à l'origine d'éternelles représailles. Pour beaucoup de jeunes, le début d'une existence responsable nécessite un choix radical. Avant c'était "marche ou crève", désormais ça sera "gang ou krump".
RIZE (lève) est une incitation à l'élévation pourtant plus lourde que quatre blocs de béton. En quatre lettres massives, l'accroche est plus proche d'un ordre à suivre que symbole d'espoir et résonne comme PRIDE (fierté) pour appuyer un besoin vital de s'affirmer. A l'origine pour Tommy The Clown c'était plutôt SHINE (éclat). Au lendemain des tristement célèbres émeutes de Los Angeles de 92, Tommy s'aperçoit qu'il sait faire émerger les bonnes vibrations lorsqu'il se grime façon Ronald et qu'il entraîne dans sa ronde les plus jeunes dont il célèbre les anniversaires. Il bouge et fait bouger, il harangue et ses maux s'expriment à pas déjantés. Très vite l'effet positif fait boule de neige et des gangs de Clowns émergent de partout, optant pour une danse plus emprunt à un langage de communication qu'à des effets de style chers à MTV. Les codes s'inversent et les jeunes montrent la voie aux aînés; bientôt tous se mettent à bouger et se persuadent qu'ils tiennent là quelque chose pour lutter contre toutes les formes d'agression d'une classe sociale qu'une amérique a tassé bien au fond.
Tommy devient un modèle et sa danse une référence. Les gosses qui l'accompagnent ont grandi avec lui et font vivre à travers leurs parcours respectifs le "Clowning" en le dotant de nouveaux gestes. Ainsi naissent le "striper", variation plus dévêtue et plus secoué du bassin, et le "krump" forme aboutie d'une expression corporelle plus proche du cri que de l'arabesque. Les danseurs se poussent, les attitudes sont plus menaçantes et soulignées par de nouveaux maquillages plus tribaux, en lieu et place du traditionnel maquillage de clown. Pour certains d'ailleurs la mutation est trop marquée et entraîne une rupture. Désormais il a ceux qui Clownent et ceux qui Krumpent, et tous se rejettent mutuellement l'étiquette "ringarde" de leur choix. Malgré tout, l'adversité affichée des deux styles n'empêche aucunement la valeur de respect que chacun accorde les uns aux autres. Il a suffit d'une confrontation à la hauteur des espérances dans une vaste salle se sport pleine à craquer, pour rendre compte du même objectif : danser pour s'affirmer, distraire pour se faire un nom, sinon une place. Ce jour là les Clowns ont affrontés les Krumpers dans des duels jugés par les applaudissements du public. Par catégories d'âge, de corpulence, et de sexe, ils ont tout donnés sous la jurisprudence de Tommy qui annonçait le verdict du jury venu en masse soutenir ses favoris. Ce jour là au score ce sont les Clowns qui l'ont emporté mais c'est tout le monde qui s'est régalé. Et pourtant ce jour là c'est Tommy qui a pleuré, puisque durant le show un gang, un vrai cette fois, s'est introduit dans sa modeste demeure pour tout mettre à sac... Faut croire que la rue n'aime pas voir sa jeunesse s'amuser.
Difficile de se dire où David LaChapelle a su exprimer son point de vue. Dans ce documentaire il est plus à l'aise pour poser sa caméra dans des angles appuyés que pour filmer la détresse de Tommy cambriolé, expulsé, et révulsé quand il se rend dans une famille en deuil. Sûrement par optimisme et par l'espoir inattendu qu'a engendré ce mouvement, David a préféré mettre en avant le précieux élan que ses accidents de parcours. A cette option les larmes de Baby Tight Eyez mettent du baume au coeur lorsqu'il se rend compte de l'admiration qu'il suscite au yeux de Tight Eyez, son modèle. Celles de la Niña passent moins bien, elle qui voulait en mettre plein la vue à la sublime Miss Prissy. Du coup, malgré les pleins feux sur l'aspect positif du mouvement, le spectateur garde en fin de projection un goût amer en bouche, pas rassuré par l'ombre du mal qui plane toujours et encore, esquivé d'une certaine manière par les inattentions du réalisateur.
Pourtant l'espace d'un instant David LaChapelle a mis le doigt sur quelque chose d'intéressant, de sous-jacent, d'inexprimé en surface... Quand aux images de duels de rue il superpose des images d'archives de tribus d'Afrique s'affrontant de la sorte, on se rend compte qu'il y a quelqu'un derrière la caméra et qu'il a quelque chose à nous dire... Mais l'inspiration reste passagère et David redevient vite le photographe de talent qu'il est pour le plus grand bonheur des esthètes, mais au détriment de ceux en quête de réponses.
Enzo
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Le pour : Aucune image n'a été accélérée.
Le contre : Sensation d'inachevé.
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