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Jeudi 2 mars 2006

Grande Bretagne - 2004 (Touching the void)


Genre : I'm a Survivor
Réalisateur : Kevin Mac Donald
Scénario :
Joe Simpson
Directeur de la photo : Mike Eley
Casting : Brendan Mackey, Michael Aaron.
Musique : Alex Heffes

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
****

Au Perou en 1985, deux anglais fanatiques d'alpinisme se lancent dans l'expédition de gravir la montagne du Siula Grande des Andes péruviennes. Les gaillards, grimpeurs chevronnés à qui on ne la fait pas, avaient déjà escaladé des montagnes toutes crues sans sel ni poivre et ce mont était au menu tout en sachant que ce dernier n'avait été gravi par la face nord qu'une seule fois en 1936 par deux allemands. Ils décidèrent donc de ne pas suivre la voie déjà ouverte et prirent l'option face ouest. Et vu de ce côté, le Siula Grande n'est plus le même caillou, mais un mur vertical de glacier, de roche et de neige montant jusqu'à 6344 mètres d'altitude, le défi pour celles et ceux qui en veulent…

L'ascension de Joe Simpson et Simon Yates deviendra par la suite une légende dans le milieu de l'alpinisme et ce film-documentaire la retrace en une reconstitution plus que captivante. On a peu l'habitude de voir ce genre de récit porté à l'écran avec une volonté de réalisme. On a bien sur vu Stallone faire de l'action-hero sur les rochers dans Cliffhanger, ou un certain Vertical Limit traîner dans les parages, mais La Mort Suspendue est certainement plus intéressant car très naturel et place le spectateur directement dans la situation des alpinistes. Et leur histoire dépasse l'entendement humain...

Revenons alors à ce défi de celles et ceux qui en veulent. L'histoire est narrée par deux hommes face caméra pour accentuer la reconstitution. Comme on le devine, cette aventure n'est pas ce qu'on pourrait appeler une balade de santé, prenez pour preuve le plan d'ouverture du film montrant le Siula Grande s'élevant au dessus des autres monts alentours. Se lancer dans son ascension relève de l'impossible pour le commun des mortels. Fort heureusement, tous les mortels ne sont pas communs et penser que Simpson et Yates aurait du mal à arriver en haut serait douter de leur compétences. Et en matière d'alpinisme, il semblerait que douter de ses aptitudes ne soit point permis, surtout lorsqu'on est accroché à un piton planté dans la glace en haut d'un mur vertical de 1500 M de haut (c'est à 1480 M qu'il faut avoir "confiance dans la confiance" dixit JCVD). Ce n'est qu'une partie de l'ascension vertigineuse. Mais elle est bel et bien effectuée entièrement par le duo et l'on peut contempler la beauté du paysage du sommet des 6344 M d'altitude depuis son fauteuil de cinéma sans les engelures aux doigts et les lèvres brûlées par le soleil.

En effet, la vue est splendide.

Mais une fois cette joie consommée et le temps de se rendre compte qu'il n'y a rien à faire là-haut, nos montagnards doivent se rendre à l'évidence qu'il va falloir redescendre... Et c'est là que les choses se compliquent. Si monter fût une grande prouesse, refaire la même chose en sens inverse ne risque de ne pas être non plus une partie de plaisir.

Et là, les images parlent d'elles mêmes. Le spectateur comprend alors que les alpinistes se sont mis en assez mauvaise posture et peut-être même piégés. La progression en descente est difficile et sans doute pire que la montée car psychologiquement le plus dur est fait. Mais quand les éléments s'en mêlent... Le mauvais temps se lève, gênant de plus en plus la descente. Puis le réchaud à gaz tombe en panne ce qui implique de ne plus pouvoir se faire de boisson chaude et à 6000 M, il est bon de souligner que cela peut-être important. Il faut alors accélérer la descente ou le risque de souffrir du froid augmente. A cette altitude, les doigts, les mains ou la vie peuvent se perdre sans qu'on s'en rende compte. Malgré l'anxiété il faut rester calme et éviter de paniquer. Soudain, Joe Simpson glisse, fait une chute et se casse la jambe... (silence total, seul le froid du vent pique le visage)
- Que faire alors lorsque l'on est en altitude dans des conditions extrêmes avec son équipier au genou brisé en deux ?
- Que faire si ce même équipier ne peut plus se tenir debout pour se déplacer dans 1 mètre de poudreuse ?
- Que faire si l'on se refroidit dangereusement au risque de mourir car la descente se ralentit considérablement ?
- Que faire lorsqu'on est convaincu que son ami n'a aucune chance de s'en sortir vivant et que si on l'aide, on risque d'être dans le même cas ?
- Que faire si l'on doit couper la corde ?

J'ai été captivé par ce film, cette reconstitution de haute montagne. L'immersion dans le décor naturel est totale et on a presque froid avec les acteurs tant les difficultés ont été retranscrites. Les images sont brutes, pures et sans artifice de récit ou de style pour ponctuer les passages forts. Ici, on remarque que la montagne ne laisse pas de place au faible, au désespoir si ce n'est que pour sombrer dans la folie en cas de pépin. Le film parle d'une amitié, de survie, de sacrifice et de choix ultime que doivent affronter des hommes en de rares occasions… Loin des énormes productions catastrophe surproduites des derniers temps à coup d'effets spéciaux impressionnants, La Mort suspendue donne la version à huis-clos d'une aventure désastreuse, qui dénuée de tout superflu, fonctionne à merveille ; et sans pour autant avoir un casting avec des bêtes de courses. On pourrait rapprocher et tirer des similitudes narratifs avec le film Les Survivants se déroulant dans la même chaîne de montagne (décidément les Andes ont la côte pour les catastrophes) mais il n'en est rien, La Mort Supendue est beaucoup plus intimiste est c'est son atout. Les acteurs, bien qu'ils soient totalement inconnus, sont aussi sobres qu'efficaces et la réalisation est assez rythmée pour captiver le promeneur hagard. On plonge complètement dans l'histoire par -20 degrés. Encore plus lorsqu'on remarque que les narrateurs n'ont pas le même visage que les acteurs du film.

Pourtant que la montagne est belle...

[A signaler également que Kevin Mac Donald est le réalisateur du très primé documentaire On day in september datant de 1999 et qui refait surface sur les toiles dernièrement grâce à Munich de Steven S. puisqu'ils traitent du même sujet.]


Yerom

Le pour :  Never surrender
Le contre :
'Fait pas chaud en altitude

Mercredi 1 mars 2006

Un an déjà ! L'over-blog de Cinématic est fier de souffler sa première bougie, disposée comme il se doit, sur un gros gâteau de cinéma.

Un an de petits papiers virtuels sur le 7ème art, sur ses vedettes devant et derrière la caméra, toutes nationalités confondues. Un an pour un total de 60 films (plus d'un film par semaine) fichés par notre trio, ainsi que 18 news plus ou moins indiscrètes sur les oeuvres cinématographiques à venir. Un an pour 62 000 visiteurs unique avec une moyenne de 170 internautes curieux par jour ! On a encore du mal à y croire et franchement, ça fait chaud au cœur…

On ne va tout de même pas en profiter pour se gonfler le melon, loin de là. On en reste à notre humble niveau d'amateurs de spectacle sur grand écran et seul le désir d'afficher nos émotions, nos ressentis, nos déceptions et nos allégresses, nous motive. On n'oublie évidement jamais que la critique est aisée surtout quand l'art est périlleux, et que souvent derrière 2h de pellicules se cachent des années cumulées de travail d'équipe, à l'affût de notre émoi, sensible à nos souhaits. Pour autant on considère aussi que chacun à son mot à dire, surtout les spectateurs à la fois clients et passionnés, parfois contraints à rester bloqué dans une salle de ciné devant un affligeant ramassis visuel, alors que le marketing autour du dit film vantait mille et une merveilles. Le cinéma actuel est ainsi fait, chaque œuvre s'accompagnant désormais de ses effets extérieurs d'apparat parfois grossiers, souvent trompeurs. Les bandes annonces dévoilent 80% des scènes principales de film, les premiers rôles envahissent les plateaux télé et racontent "l'expérience merveilleuse d'un tournage fantastique", la presse prend le relais, et la pub se répand allégrement à tel point qu'il est difficile de ne pas se faire un avis avant d'avoir vu un film. Désormais afin de nous prévenir de toute sorte de propagande il nous ne reste plus qu'à adopter la méthode de l'autruche, se boucher les oreilles, les yeux, et hurler à notre interlocuteur direct qu'on ne veut rien savoir.

Sur ce terrain les blogs constituent une alternative intéressante en tant que support média. Les internautes se renseignent d'eux mêmes, font le tri, tissent leur réseau, se calant sur la personnalité du critique et de ses références, plutôt que de subir l'information d'un tiers impalpable voire impersonnel. C'est toujours dans cette optique que l'on préfère sur Cinematic étaler notre avis "brut de décoffrage", quitte à en fâcher certains puisqu'il s'agit avant tout d'avis personnels. Les commentaires sur chaque fiches permettent ensuite de rebondir sur cet avis, de le contredire, de le lapider tiens, ou d'affirmer l'opinion, tout simplement.

On retiendra donc de cette première année entre autres que Yerom s'est révolté contre Charlie et sa chocolaterie capitaliste, qu'Aswip s'est presque étranglé de jurons devant La passion du Christ, et qu'Enzo n'aime pas la jeunesse désenchantée des Lois de l'attraction… Mais aussi que Yerom retrouva son Tim Burton, celui qui lui fait briller des jolies ellipses dans les yeux façon manga, avec les Noces funèbres, qu'Aswip est devenu un fan inconditionnels des galipettes faciales, corporelles, et scénaristiques de Stephen Chow, et qu'Enzo n'en démord pas du cinéma kitch de Hong-kong de la période d'or des années 60-90.

Et puis il y a aussi les non-dits, les "j'ai pas pu", ou "j'ai pas su" écrire quelque chose sur ce film, parce qu'ils nous évoquaient soit rien, soit trop. Pour le plaisir on ne citera que quelques-uns d'entre eux : Le seigneur des anneaux, Match point, H2G2, De battre mon coeur s'est arrété, History of violence, Munich, Good night and good luck, Brokeback mountain, Harry Potter, Pompoko, les chroniques de Narnia… Qu'à cela ne tienne, pour la plupart d'entre eux la relecture permet d'affiner et d'affirmer la critique, et leurs fiches peuvent apparaître à tout moment sur Cinematic.

Enzo

Lundi 16 janvier 2006

Hong Kong - 1967 (Dubei dao/ one armed swordsman)


Genre : Kung Fu manchot
Réalisateur : Chang Cheh
Scénario : Chang Cheh, Ni Kuang
Directeur de la photo : San Yuan Chen
Casting : Jimmy Wang Yu, Chiao Chiao, Huang Chung-Sun , Pan Yin-Tze...
Musique : Wang Fu-ling

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Au sein du temple de la Shaw Brothers, Chang Cheh fait office de pillier central. Auteur d'un cinéma d'art martiaux plus violent, voire brutal, mais aussi plus esthétique que l'oeuvre de ses pairs, Cheh marquera son époque et les générations suivantes d'auteurs réalisateurs. Entres autres John Woo qui fût à ses débuts son assistant-réalisateur se déclarera n'être qu'un des héritiers du maître, exploitant son art mais troquant les sabres par les armes à feu. Un seul bras les tua tous fût le film à l'origine de la trilogie du Sabreur Manchot, mais aussi celui qui permit à Chang Cheh d'exalter son art, disons-le, résolument viril. Participant au renouveau du wu xia pian aux cotés d'autres auteurs tel King Hu (L'hirondelle d'or), la trilogie de Cheh s'axe autour de l'honneur d'un homme qui même amputé se doit d'aller au bout de sa destinée, à coup de sabre si possible et d'entailles aussi profondes que ses convictions.

Dans ce premier opus, le destin de Fang Gang s'écrit d'entrée dans la douleur. Son père, au service du valeureux Qi Ru-feng, meurt violemment lors d'une attaque sournoise des ennemis de son maître. Respectueux du sacrifice de son serviteur le maître accueille Fang Gang comme son disciple, lui enseigne les arts sacrés des techniques de sabre et l'élève comme son propre fils. Talentueux donc jalousé, Fang Gang subit les caprices de ses camarades notamment ceux de Qi Pei la propre fille de Ru-feng, avant de se décider à quitter en douce la prestigieuse école, et de mettre un terme aux mesquineries quotidiennes. Pourtant lors d'une ultime provocation et au terme d'un affrontement en faveur du jeune prodige, Qi Pei lui tranche le bras par traîtrise...

Peu enclin à l'élégance du geste galant Chang Cheh place ses rôles féminins à l'origine de ses ressorts dramatiques. Qi Pei est l'archétype de la garce fille à papa, capricieuse qui se croit amoureuse, d'une bêtise apparente et dont l'acte le plus marquant devient le plus condamnable. En tranchant le membre du héros en devenir elle ampute l'avenir de l'un de ses plus beaux fleurons, et illustre clairement l'opinion du réalisateur réputé pour sa misogynie. La femme façon Cheh est un frein pour l'homme promis à un grand destin, allant jusqu'à le briser par son égoïsme. L'innocente Xiao-man ne dérogera pas à la règle en incarnant certes une fermière courageuse mais aussi une éventuelle mère de famille soucieuse de se trouver un homme, quitte à le faire renoncer à ses premières ambitions. Bien sûr le talent de l'auteur permettra de brouiller les cartes le temps d'un film, concédant à ses personnages du sexe faible l'excuse de l'amour responsable de leurs attitudes, mais le message de fond est plus clair que l'eau de la rivière. L'homme est un serviteur loyal à son maître, assidu dans son éducation et plaçant l'honneur au dessus de tout. La femme reste hermétique aux notions nobles de sacrifice et s'entête sur des détails de peu de profondeur. Le mâle est fait.

L'autre idée du film, plus évidente encore, consiste en sa notion de dépassement de soi malgré l'amputation. Fortement ancrées en ce siècle ponctué de diverses dominations japonaises, mais aussi encouragées par des mouvements politiques populaires les plus opposés, les notions de sacrifices et d'efforts surhumains par delà la privation, la frustration et la douleur, constituent des valeurs assez répandues dans l'histoire de la Chine. Largement usitée dans les oeuvres dramatiques tous supports confondus, le cinéma de Hong-Kong permettra de donner vie à cette valeur en l'attribuant à de nombreux héros, figures patriotiques ou symboles historiques, personnages de proue d'une nation en perpétuelle quête d'exemples. Le personnage de Fang Gang s'insère dans cette lignée collectionnant les accidents de parcours : disparition du père, interruption de son initiation, perte de son bras droit entraînant indéniablement la fin de ses motivations martiales. Et pourtant son issue viendra justement de l'acceptation de cet handicap et de sa capacité à le transformer en arme redoutable, via des moyens tout aussi amputés, à savoir un livre de kung-fu calciné dont il ne reste qu'un chapitre et le sabre brisé de son père défunt.

En écho à son intrigue dramatique Chang Cheh impose une esthétique que l'on croirait issue d'estampes. Les premiers décors semblent s'articuler autour des acteurs, dépassant de fait leur simple attribution de support décoratif et participant pleinement à la narration. Tout l'art de l'illustration... C'est particulièrement frappant lors de la scène d'affrontement entre les disciples qui se déroule sous une neige d'hiver aussi soudaine qu'évocatrice de l'issue fatale. Contrainte de studio oblige, Cheh utilise par ailleurs tous les subterfuges possible et imaginables pour dynamiser sa réalisation : ainsi ses combats sont filmés caméra à l'épaule plus ou moins près des acteurs pour plus d'implications et leurs mise en forme sur la table de montage passe par un découpage particulièrement sec pour l'époque. Le rythme de certaines scènes s'en trouve enrichi et amène un plus considérable aux chorégraphies d'escrime. En métronome de ces affrontements on trouve l'étonnante arme, pourtant de peu d'apparence, du vilain de l'histoire : une étrange lame à double garde dont la pointe est équipée d'une pince amovible, faite pour bloquer les techniques de l'école du sabre d'or. Outre son efficacité redoutable, son cliquetis ponctue l'attaque de l'ennemi et rythme à l'image les scènes de combat. Chang Cheh se sert physiquement de la particularité mécanique de son arme pour la répercuter sur le découpage de ses scènes transcendant l'accessoire en outil de mise en scène. Simple mais bluffant.

Comme d'hab le film et ses moyens sont à situer dans un contexte d'époque pauvre en effets spéciaux, mais riche d'intentions. En 1967 la vue d'entailles ensanglantées étaient considérées comme difficilement soutenable par un public peu coutumier du fait, alors qu'aujourd'hui on se gausserait presque tant leur teinte vive révèle de l'artifice. Le constat est aussi valable pour certaines phases de combats qui peuvent paraître plus chorégraphiée qu'instinctives, les décors de studio parfois très étriqués, et le jeu ... hmmm un peu maigre selon les talents de leurs interprètes... On est forcément loin des effets tape à l'oeil et des standards du cinéma d'action actuel, ce qui sous-entend que les excités en manque d'adrénaline risquent de trouver le temps long et les coups de sabre plutôt mou du manche. Ca peut paraître paradoxal, mais avec le temps ce n'est plus le public visé. Aficionados de Danny the dog passez votre chemin.


Enzo

Le pour :  Classique du genre
Le contre :
Pour public averti

 
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