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Mercredi 13 juillet 2005

USA - 1999 (Judas kiss)


Genre : Fuck me Junior !
Réalisateur : Sebastian Gutierrez
Scénario : Sebastian Gutierrez, Deanna Fuller
Directeur de la photo : James Chressanthis
Casting : Carla Gugino, Simon baker, Alan Rickman, Emma Thompson, Gil Belows, Til Schweiger…
Musique : Christopher Young

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Ce qu'il y a d'usant avec les arnaques de petite envergures c'est qu'elle ne rapportent pas assez. Junior a beau agiter les courbes sensuelles de Coco Chavez au nez d'hommes d'affaires afin de les faire chanter sous la pression d'aller balancer leurs penchants adultères, les poches trouées des deux complices (et amants) se désemplissent vite. Et si l'idée géniale était d'aller chercher la maille là où elle a la meilleur côte du marché ? En la personne de Ben Dyson, tiens par exemple, pointure incontournable de l'informatique (à moins qu'il ne s'agisse d'aspirateurs sans sac), avatar cinématographique de notre Bill Gates international. C'est de kidnapping qu'il s'agit cette fois, et évidemment de rançon prometteuse à coup de grosses valises Samsonite pleines de liasses. Cette entreprise pour le moins périlleuse requiert une équipe au poil, dressée comme un set de table de chez maxim's, carrée, classe et efficace. Pourtant force est de constater que les missions impossibles ne réussissent que dans les épisodes de la série du même nom, puisque de gros grains de sable viendront perturber cette belle organisation à commencer par l'élimination pure et simple d'une malheureuse voisine témoin du rapt... une victime pas si anonyme que ça. Enfin puisqu'une couille ne vient jamais seule, ce sont le détective David Friedman et sa temporaire partenaire du FBI Sadie Hawkins, qui ont été chargé de mettre un terme à cette histoire sordide, et d'ajouter bien des bâtons dans les roues déjà voilées du crapuleux projet.

Ca commence au générique par quelques notes de free-jazz pincées sur des cordes usées et un charleston pressé d'en découdre, avant la mise en images de l'audacieux kidnapping et de sa malheureuse conséquence. Damn shit ! Ca continue sur la prise de conscience du groupe qui malgré tout s'est fourré en planque pour la suite des opérations, passant outre les remords de Coco Chavez qui aurait bien besoin de digérer l'incident d'une manière ou d'une autre. Son "Fuck me Junior !" résonne alors comme un singulier cri de détresse et on a bien du mal à rester vissé sur son siège devant l'appel de la plantureuse créature… Ca démarre surtout comme un bon vieux polar avec toutes les ficelles du genre malgré la volonté gentiment caricaturale d'agrémenter l'exercice de style d'une délicieuse pointe d'humour. La mise en scène s'imprègne de l'atmosphère au petit matin de la Nouvelle Orléans misant plus sur une galerie de portraits sympathique, que sur une intrigue remontée comme un ressort d'horlogerie. A mille bornes d'un L.A. Confidential, référence fort de café du polar de ces dernières années, Judas Kiss fait figure d'expresso cinématographique et se savourerait presque en terrasse plutôt qu'en salle obscure d'un troquet miteux d'un quartier reculé de New York. Dans la Louisiane de Gutierrez les gardiens de surveillance matent des films de boules impliquant des extraterrestres de série z, les couples de bandits s'offrent un cunni dans une chambre froide et les agents du FBI font des filatures en roller, café et talkie en main. Tranquille Emile.

Autant dire que Sebastian Gutierrez s'est fait plaisir sur ce premier film illustrant sympathiquement une enquête à tiroirs sans réelles grosses surprises et s'offrant, en guise de cerise sur le gâteau, Alan Rickman et Emma Thompson en tant que flics oldschool aux entournures cyniques. La gueule plombée du détective Friedman (Rickman) fait plaisir à voir, avec son air figé, comme gêné d'un bout de tabac coincé dans le larynx, et ses manières peu gentleman, limite cloche, de mener une enquête à son terme. Amateur de golf à ses heures, il aime à taper le club sur les jambes plâtrées de ses collègues peu enclin à lui fournir le fin mot de l'histoire. Son duo improbable avec l'Agent Hawkins (Thompson) lui laisse un goût amer qu'on ne se lasse pas d'apprécier et les quelques joutes verbales échangées font la joie des amateurs du bon mot. De l'autre coté des droits sentiers de la vertu, Coco Chavez interprétée par une Carla Gugino en forme, damnera plus d'un spectateur via sa plastique de poupée carossée, ses moues innocentes et ses attitudes coupables. A ce petit jeu la belle s'octroie un premier rôle de choix dans une filmographie en demie-teinte, alternant d'accoutumée des second rôles féminins sans grande consistance (Spy kids, The one) et quelques participations plus honorables au septième art (Sin City, Le centre du monde, Snake eyes). Certaines mauvaises langues peuvent s'amuser à argumenter que les rôles de fausses naïves ne sont pas bien compliqués à jouer, qu'il suffit de pousser la caricature de la bimbo (syndrome de la sucette à l'anis) et de la détourner vers une attitude à l'opposé pour obtenir trop facilement l'effet dramatique escompté. A ceux-ci je réponds juste une réponse toute L'oréal : "n'empêche qu'elle le fait bien".

Et qu'elle a de sacrés nougats.
Bref.

Situé vaguement quelque part entre True romance et Jacky Brown, Judas Kiss est un bon petit film soigné, qui n'a pas vraiment eu le succès public espéré malgré une bonne presse et la récolte du prix critique au festival policier de Cognac cuvée 1999. Sa sobriété d'intrigue toute relative pourrait pourtant faire office de point fort au sein d'un genre policier prompt à nous pondre, au choix, du double-double jeu alambiquée sur fond de complot politique, et/ou de la fusillade à chargeurs ouverts dévastatrice de décors. A ce titre il est bon de se rappeler qu'il reste de la place de disponible entre Julie Lescaut, L'affaire Pelican et Bad Boys et que parfois un donut bien préparé peut faire plus flic qu'un smith&wesson encore chaud dans une flaque d'hemoglobine.


Enzo

Le pour :  Carla, Allan et Emma… j'ai déjà dit Carla ?
Le contre :
nan, désolé.

Mardi 12 juillet 2005

USA - 2002 (Mindhunters)


Genre : crottin en série
Réalisateurs : Renny Harlin
Scénario : Wayne Kramer, Kevin Brodbin
Directeur de la photo : Robert Gantz
Casting : Val Kilmer, Christian Slater, LL Cool J, Kathryn Morris, Eion Bailey, Clifton Collins Jr
Musique : Tuomas Kantelinen

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****


Deux petites poignées de jeunes profilers du FBI sont lâchés sur une base d'entraînement de l'armée désertée pour le week-end et entourée d'eau. Ces insulaires volontaires vont devoir se démerder avec leur bites et leurs couteaux pour résoudre quelques énigmes tordues afin de démasquer un ouf et ainsi obtenir leurs galons.
- Une sorte de Lost allégé en somme.
Ou un Koh Lanta du pauvre.

Les psychopathes américains ne sont en rien menacés par le niveau de recrutement du Federal Bureau of Investigation, les apprentis y étant plus instables les uns que les autres. Un ou deux orphelins, un réparateur compulsif fan de Mac Guyver, Un hémiplégique accroc à son gun, une toxico du patch très à cran depuis qu'elle a arrêtée de fumer, une aquaphobe prononcée suite au viol par noyade de sa sœurette. Pas évident alors d'aller, la fleur au harpon, chasser le mérou. Les autres se croient très futés mais ne valent guère mieux. Ils auront, à défaut, tout lieu d'étudier les différentes manifestions de la paranoïa et ses mécanismes retors du fait que le tueur en question est "forcement" l'un(e) d'eux.
On est évidemment à des brasses de l'approche subtile et sensible du sujet d'un Manhunter de Michael Mann. Et pour cause, il s'agit de Mindhunters de Renny Harlin, l'artificier de la série B et d'un pathétique Driven ou autre putassier Exorcist : The Beginning. Le temps et le supense qui en découle ne sont donc pas les enjeux de Profession Profiler comme Renny Harlin s'évertue à vouloir en persuader le spectateur.

Comme à son habitude, Harlin donne dans l'entertainement primaire et frontal : scénario pré-chié, image aseptisée pour faire passer ses velléités trash, mise en scène inervé de sens. Ajoutez quelques seconds couteaux qui cachetonnent à pas cher (Val Kilmer, Christian Slater) et les producteurs banquent. C'est qu'il connaissent bien leur taf ceux-là.
Après avoir produit Resident Evil : Apocalypse ou Supect Zero on maîtrise grave les ficèles du retour sur investissement avec la sortie en dvd de ces petits monceaux de sous-culture. Une ou deux têtes d'affiches vivant sur un succès révolu depuis une quinzaine d'années dans la périphérie hollywoodienne, (Val Kilmer, Christian Slater) et le tour est joué. Joué aussi le spectateur s'il avait fait l'effort pour admirer ses anciennes gloires d'adolescence (Val Kilmer, Christian Slater) puisque la tenue du haut de l'affiche de ceux-ci est abusivement mensongère. Peur Bleue bis repetitas. Pas cher non plus le reste du cast, évoluant habituellement dans la série tv bon marché ou le rap cheap (LL Cool J en gros bras de service).
Quelques placements produits subliminaux, Diesel qui vend ses montres, Adidas qui vend ses montres.
- C'est un film suisse ou bien?
Comme dirait notre ami Tyler Durden : "ils ne le savent pas, mais ils l'ont vu".

Vu également tous ces petits détails qui pourraient éventuellement dynamiter toute vraisemblance et dont ne s'embarrasse guère Renny Harlin. Ainsi, un simple cadenas est le garant qu'un arsenal permettant d'envahir le Koweït ne tombe pas en des mains mal intentionnées. Il n'y a plus qu'à mettre un bon coup de latte dans la porte. Ou ces tuyaux apparemment si peux fonctionnels mais agencés de manière tellement providentielle qu'ils permettent d'échapper à une mort aussi atroce que certaine. Ou encore la présence inopinée d'un magasin de jouets au sein de ce complexe militaro-isolé de tout et bien utile aux penchants démonstratifs du psychopathe.
- T'es chiant, c'est un élément de décor, pour simuler une vraie ville dans laquelle s'entraîne les commandos bien sur.
Bien sur. On pourrait pinailler que les simulations de combats urbains se font en général avec des façades mais voilà un souci du détail que ne renieraient pas les meilleurs chefs décorateurs du 7ème art et qui honore l'administration militaire us. Pas étonnant qu'ils n'aient plus de quoi payer de gilets pare-balles dignes de ce nom à leurs vrais soldats.

Bref, tout cela sent méchamment le vite fait. Du clipesque décérébré qui voudrait marcher sur les traces des maîtres étalons du genre, Roland Hemmrich, Michael Bay. Mais Renny Harlin n'est qu'un petit tâcheron de la punchline pour téléfilm de deuxième partie de soirée estivale. Un dilettante du plan de coupe. Un éjaculateur précoce du retournement de situation.

Renny Harlin est l'Homme Pressé :
#On crache la nourriture
A ces yeux affamés
Vous voyez qu'ils demandent
Nous les savons avides
De notre pourriture
Mieux que d'la confiture
A des cochons(...)
Qui veut de moi
Et des miettes de mon cerveau
Qui veut entrer
dans la toile de mon réseau
Militant quotidien
De l'inhumanité
Des profits immédiats
Des faveurs des médias
Moi je suis riche très riche
je fais dans l'immobilier
je sais faire des affaires
Y'en a qui peuvent payer#
(Noir désir - 1996)


Aswip'

Le pour : débranche donc ton cerveau pendant 1h40
Le contre :
mal d'estomac, prends donc un Renny

Dimanche 10 juillet 2005

Taïwan - 2001 (Qian nian men bo / Quianxi menbo)


Genre : Trip mélancolique
Réalisateur : Hou Hsiao Hsien
Scénario : Chu Tien-wen
Directeur de la photo : Lee Ping-bing
Casting : Shu qui, Jack Kao, Tuan Chun-hao
Musique : Lim Giong, Yoshihiro Hanno

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Vicky erre la nuit entre son appart et le club techno dans lequel elle arrondie ses fins de mois. Elle y croise, selon l'endroit et l'occasion, Jack son employeur aux petits soins, et Hao-hao son maniaque de concubin, avec qui elle vit depuis ses 16 ans. Le garçon possessif a instauré depuis longtemps un curieux rituel d'inspection qu'il suit scrupuleusement étape par étape lors des retrouvailles : dépiauter le sac à main, vérifier les comptes, les factures de téléphone, les messages sur le portable et même l'odeur à fleur de peau de son papillon nocturne, histoire de voir que tout est en place. Vicky de guerre lasse tolère ce manège paranoïaque malgré quelques manifestations d'excès allant parfois jusqu'à la fuite, régulièrement dans les bras confortables de Jack. Et Vicky revient, encore et toujours, vers Hao-hao, cédant plus ou moins aux larmoyants appels de son compagnon. Mais elle le quittera un jour, c'est décidé. Elle partira dès qu'elle aura dépensé les 500.000 dollars taïwanais dont elle dispose sur son compte en banque.

C'était il y a dix ans, en 2001.

Hou Hsiao Hsien (HHH pour les adeptes) réalisateur prolifique de la nouvelle vague taïwanaise, ouvre superbement son film avec un plan séquence de toute beauté. Sa caméra sur les talons d'une Vicky sautillante, suit l'étincelante beauté asiatique traversant, de nuit, une passerelle couverte, le temps d'une introduction en voix-off ramenant l'intrigue dix ans en arrière. La poursuite filmée au ralenti, doublée d'une bande son techno enivrante, sublime l'instant pourtant quelconque, pour atteindre une dimension tout autre, aquatique, vaporeuse, hypnotique... D'entrée la mise en forme flatte les sens et installe une atmosphère presque rêvée, glissant le spectateur dans un agréable état d'ivresse. Hou Hsiao Hsien suit le quotidien monotone de Vicky, seule, en couple, avec ses amis, en proie à ses doutes, rayonnante de petites joies, sans dire mot ou si peu. Dénué de structure temporelle autre que cette évocation de l'an 2001, et fort d'un montage d'instants de vie disséminés, il opte pour un traité mélancolique moderne résolument visuel autour du thème du souvenir de ses personnages. Il filme au plus près la délicieuse Shu Qi, auréolée d'une grâce irréelle, absorbant la moindre particule lumineuse des réverbères de rue aux néons des boîtes de nuit, exaltée de surcroît par l'oeil expert de Lee Ping-bing (à l'origine de la photo de In the mood for love) et accompagnée par les sourdes nappes House de Lim Giong. C'est beau.

Il faudra pourtant se contenter de cette extase plastique, n'en déplaise aux plus difficiles certainement déçu du manque de finalité de l'histoire. Hou Hsiao Hsien ne se lasse pas d'admirer Vicky, en tant qu'icône éphémère d'une jeunesse taïwanaise désabusée, et ne cherche jamais à répondre au peu de questions que pose le film, notamment en ce qui concerne les intentions de son héroïne. A ce sujet le réalisateur déclare même tâtonner dans sa quête de compréhension de la jeunesse actuelle et avoue volontiers ne pas être encore en mesure de donner une "forme" cinématographique idéale à cette nouvelle génération, ni d'illustrer au plus juste ce qu'elle vit. Les changements intervenus ces dernières années à Taïwan ont été nombreux, rapides et importants, la tendance allant vers une réorganisation complète du pays. Subissant de plein fouet les métamorphoses politiques internes et plus enclin au modèle japonais que celui traditionnellement chinois, la jeunesse taïwanaise essaye aujourd'hui d'oublier la précarité de la situation économique en vivant au jour le jour. C'est précisément cet instinct de vie que Hou Hsiao Hsien tente d'imprimer sur sa pellicule, fasciné par l'inexplicable, et par cette si belle jeunesse qui se consume d'aller nulle part, souvent seule dans son coin.

En fin de compte si toute forme narrative semble absente de Millenium Mambo c'est peut-être que les mots manquent à l'auteur pour exprimer ce désenchantement. Palliant cet handicap par l'image en illustrant visuellement des extraits d'un quotidien en boucle, il endigue l'absence de souvenirs de la jeunesse actuelle et offre à la mémoire taïwanaise le premier témoignage d'une génération à la dérive.

Enzo

Le pour :  Esthétiquement superbe
Le contre :
Déconseillé aux accrocs de la cafeïne

 
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