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Lundi 6 juin 2005

Hong Kong - 1966 (Da zui xia / come drink with me)


Genre : Retour aux sources
Réalisateur : King Hu
Scénario : King Hu, Erh Yang
Directeur de la photo : He Lan-Shan
Casting : Cheng Pei-Pei, Yueh Hua, Chen Hungh-Lieh, Li Yung-Chung...
Musique : Zhou Lan-Ping

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Cinéma de genre chevaleresque oriental, le wu xia pian pourrait être considéré comme l'équivalent occidental du film de cape et d'épée. Pourtant ses références issues de mythes sans âge, de légendes chinoises où seuls comptent l'honneur, la justice et la loyauté envers ses sages, rendent cet art cinématographique unique, positionnant ses histoires au delà de simples aventures ponctuées de scènes d'escrime. A l'honneur pendant deux décennies à partir des années 30, et ce malgré la censure communiste réticente aux histoires surnaturelles, ce pur produit du cinéma de chine provoqua peu à peu la lassitude de ses spectateurs du fait du peu de moyens consacrées à la réalisation et de la pauvreté constatée des effets spéciaux de l'époque. Il fallut donc attendre l'intérêt de la puissante Shaw Brothers company (à l'origine entres autres de la trilogie de la 36ème chambre, de la saga du sabreur manchot, et des exploits des venins mortels) pour relancer ce cinéma de genre, avec la sortie en 1966 de L'hirondelle d'or, perle incontournable d'un King Hu, intronisé du jour au lendemain prince du wu xia pian. Plutôt coutumiers d'un cinéma de kung fu où les protagonnistent s'affrontent à main nues, les hong-kongais firent un accueil triomphal au petit chef d'oeuvre, permettant aux frères Shaws d'assoir un peu plus leur statut de producteurs de talent, et offrant par la même occasion une alternative au succès des films de sabre japonais.

Irascible référence, L'hirondelle d'or inspira plusieurs générations de réalisateurs dont Tsui Hark, et est ouvertement à l'origine du récent Tigre et dragon d'Ang Lee, qui s'en inspira au point d'en reprendre précisément certains passages (scène de poursuite sur les toits, scène de l'auberge, profil et caractère de l'héroïne, intrigue de l'empoisonnement). Quarante années auparavant (chinois, ha, ha) en réalisateur novateur King Hu avait su offrir un compromis entre le théâtre populaire et les nouvelles attentes du public, s'entourant d'une équipe technique trié sur le volet et distillant subtilement dans son film quelques références au western spaghetti, alors très en vogue. En appuyant un jeu de regard, cher à Sergio Leone, entre ses protagonistes, King Hu exalte l'instant précédant l'action et permet à Cheng Pei-Pei aka L'hirondelle d'or, d'imposer ce qu'il faut de tension pour tenir à distance ses adversaires... En fin d'attente l'hirondelle devient bambou et la punition cinglante, à coup de lame affutée, guette la canaille de pacotille. Légère, incisive, et expéditive, elle va d'un brigand à l'autre, entaillant les flancs, transperçant les chairs, et s'apprêtant à l'assaut suivant.

Plus comédienne que professionnelle des arts martiaux, Cheng Pei-Pei est la véritable révélation du film. Son jeu tout en intentions relègue même au arrière plan le mendiant constamment éméché joué par l'impeccable Yueh Hua, second rôle à qui le titre d'origine fait pourtant référence, Da zui xia signifiant Le grand héros ivre. On peut imaginer que King Hu ai délibérément oeuvré dans cette mise en exergue de son caractère féminin afin d'amener un élément de surprise supplémentaire, et de se démarquer des éternels destins des grand héros masculins. Néanmoins la performance globale de Cheng Pei-Pei est réelle, à la hauteur de son charisme, et a fait date dans l'histoire du cinéma de Hong-Kong. A ce titre on ne peut que saluer l'initiative d'Ang Lee d'avoir su lui rendre deux fois l'hommage de son Tigre et dragon en 2000, d'abord en lui attribuant le rôle de Jade la hyène, mais surtout en l'évoquant allègrement par le personnage de Jen Yu / Jiao Long interprétée par la délicieuse Zhang Ziyi.

Outre son caractère exceptionnel de chef d'oeuvre clé du wu xia pian, L'hirondelle d'or, le film, n'en demeure pas moins exempt de léger défauts, notamment de petits accidents narratifs mis en scène hâtivement par un King Hu sous la pression stricte de la Shaw Brothers, peu enclin au perfectionnisme exacerbé du réalisateur. Il est nécessaire de rappeler que le mythique studio fonctionnait à l'époque à plein régime et qu'en cette année de 1966 pas moins de 44 films étaient sortis sur les écrans de Hong-Kong, la plupart issus d'un carnet de commande plus industriel qu'artistique. On ressent donc un peu de précipitation en fin de film, notamment lors du passage du guet-apens dans les collines, tranchant nettement avec la gestion de l'espace et du temps de sa première heure. Plus soigné en début de parcours, King Hu y signe une scène référence avec l'arrivée de l'hirondelle d'or dans l'auberge, passage mémorable qui en dit long sur les intentions de l'auteur lorsqu'il trouve le temps nécessaire à la réalisation.

On peut aussi reprocher à l'Hirondelle d'or l'arrivée un peu tardive, un peu bancale aussi, de ses options fantastiques, avec des effets un peu chiches de l'évocation d'une force invisible cher à maître Yoda... Mais à ce petit jeu on a vite fait de souligner ce qui aujourd'hui nous fait sourire : les geysers de sang qui viennent de tous cotés sauf de celui de la victime, les seaux d'eau censés suggérer les éclaboussures lors d'une chute dans un lac, le jeu approximatif de certains acteurs, les chorégraphies parfois figées lors de scènes de combat... En fait tout ce qui finalement fait le charme de ces productions exceptionnelles, évidemment divertissantes, et souvent à l'origine de ce qui se fait à l'heure actuelle dans le cinéma international d'action et d'aventures. A quoi bon bouder son plaisir lorsque l'on a l'occasion de s'offrir un moment unique d'un cinema qui n'a pas fini de nous enthousiasmer ?


Enzo

Le pour :  Scène référence de l'auberge, sublime Cheng Pei-Pei
Le contre :
Quelques maladresses... mais bon.

par Enzo publié dans : Les films en vrac
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Mercredi 25 mai 2005

USA - 2004 (Sin city)


Genre : No futur
Réalisateurs : Robert Rodriguez, Frank Miller, Quentin Tarantino
Scénario : Robert Rodriguez, Frank Miller
Directeur de la photo : Robert Rodriguez
Casting : Bruce Willis, Mickey Rourke, Jessica Alba, Benicio Del Toro, Clive Owen, Rosario Dawson, Elijah Wood, Jaime King
Musique : Robert Rodriguez, John Debney, Graeme Revell

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****


J'ai fait ma chouineuse en assitant au "ratage" Hellboy et puis voilà.
Roberto Rodriguez, tel un zorro inspiré, nous livre l'Adaptation comics avec un putain de A majuscule.
Comment dire... si vous n'êtes pas familier de l'oeuvre de Frank Miller dont ce film est l'illustration, vous riquez d'être... déroutés. Car outre ses qualités innombrables, Sin City, le film, est d'une fidélité confondante à Sin City, le comics. Sous tous ses aspects. Ce film est donc d'un nihillisme à faire passer les chansons les plus désespérées de Jeff Bucley pour des contines. D'une violence telle qu'il rellègue les combats les plus brutaux de Mike Tyson au rang de calins entre Bisounours. Ames sensibles...

Hartigan est un flic intègre du genre obstiné et irlandais. A l'ancienne. La désaprobation de sa hiérarchie, son myocarde défaillant, douze balles dans la peau, rien ne l'empêchera de sauver la petite Nancy des griffes d'un vil batârd jaunâtre et pédophile. Marv est une brute epaisse ravagée par des plaies de toutes sortes et pour le moins déterminé. Déterminé à trouver le meutrier de sa dulcinée, dût-il echarper de ses mains tous les portes flingues des bas fonds, tous les prêtres défroqués, tous les psychopathes miros, tous les monstrueux télévangelistes ou tous les chiens loups de la création. Dwight est un beau gosse résolu et chevalier servant aux entournures. Résolu à protéger coûte que coûte les filles de joie du quartier chaud. Ces dernières n'ont pourtant rien de vierges effarouchées, et pour cause. Elles tiennent plus du mythe amazone bardées de cartouchières qu'elles sont. A l'image de presque tous les personnages féminins du film, fatales autant qu'impitoyables. Miller n'est pas le créateur d'Elktra pour rien. Pas le consternant film avec Jennifer-Garner-parce-qu'elle-le-vaut bien, mais de l'excellentiscime comics eponyme.

Dans ce marasme retro-urbain bien glauque et moite se cotoient la lie de la terre et les anges vénéneux. Une sorte de purgatoire que Jerome Bosch n'aurait pas renié et dans lequel toute positive attitude est illusoire. Car outre le fond, la forme est, elle aussi, sinistre. Avec ses mornes voix-off d'outre tombe travaillées aux cloppes et au malt (à voir en vo résolument), sa bande originale jazzy-dépressive héritière des polars les plus dark, ses noirs abyssaux que viennent eclabousser des rouges sanglants ou des jaunes criards, Sin City affirme son intégrité mais pose aussi certaines limites. Cette fidélité extrème à l'univers de Frank Miller pour laquelle Roberto Rodriguez a opté, fait de son film un story-board animé plus qu'une mise en images de la bande dessinée : cadrages, découpage, direction d'acteurs. Or le néophyte risque de trouver l'entreprise vaine, comme en boucle, car terriblement hors des codes de narrations et d'interprétations habituels du genre. De plus, la volonté de balayer le maximum de personnages, dans l'urgence, comme on lache toutes ses forces dans la bataille, comme si des lendemains meilleurs étaient impensables, peut aisement rebuter. Avec cette oeuvre ostensiblement définitive Rodriguez semble résigné à l'impossibilité d'une suite. Le box office us lui donnera tord. On craint alors le pire connaissant la médiocrité des sequelles de sa filmo.

Après, on peut toujours s'accrocher à une bauté visuelle incomparable ou à un casting aussi imposant qu'excellent. Mais pas trop malgré tout, car l'espérance de vie dans cette cité est des plus restreinte. Sin City a tous les caractères astro-physiques du phénomène appelé trou noir. Sa colossale densité empêchant toute particule lumineuse de s'échapper de son gouffre. Cette masse en concrétion absorbe ainsi l'espace, le temps, le bonheur, l'espoir. L'obscurité est ici une chape de plomb en fusion dont on ne peut s'extirper sans une armure très solide. La moindre faille en son sein sera irrémédiablement infiltrée par un venin putride en quête d'une artère pour se répandre.
D'après Gorge Profonde, la scène d'ouverture de Sin City à permit à Roberto Rodriguez de convaincre Frank Miller d'adhérer au projet d'adaptation cinématographique, en tant que co-réalisateur. On est rapidement saisit par l'atmosphère et les partis pris esthétiques si affirmés qu'on ne les espérait plus. D'une exigence radicale, Sin City vous enfonce sans préliminaires et sans vaseline dans une ville du pêché où bonté d'âme n'est pas de mise et où les nuits d'encre noire sont lois. Le panneau limitrophe marquant l'entrée dans la citée pourrait légitimement indiquer : Sin City, abandon all hope, you who enter here. Si tu anticipais une production d'entertainment facile à ingérer, passe ton chemin hombre. Car tu te prépare un ulcère carabiné. On ne ressort pas indemne d'un séjour dans la ville du vice. Si d'aventure on en ressort.


Aswip'

Le pour : le noir, le rouge et le reste
Le contre :
claustrophobiques, dépressifs, s'abstenir

par Aswip' publié dans : Les films en vrac
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Lundi 23 mai 2005

US - 2004 (Hostage)


Genre : Mr Propre en action
Réalisateur : Florent Emilio Siri
Scénario : Doug Richardson
Directeur de la photo : Giovanni Coltellacci
Casting : Bruce Willis - Kevin Pollack - Ben
Foster - Jonathan Tucker - Marshall Allman
Musique : Alexandre Desplat

Scénario
**
Mise en scène
**
Photographie
**
Acteurs
**
Effets spéciaux
*

Et oui, une seconde d'inattention et d'errance devant le cinéma et on se retrouve vite fait à choisir un film sur le vif. J'avais pas envie de me triturer devant un film ce soir là. Je ne sais pas pourquoi je suis allé voir Otage de Florent Emilio Siri. Sans doute que Bruce Willis dans un film d'action trouve souvent sa place (surtout dans le registre "prise d'otage") et que Nid de guêpe avait eu le mérite d'être surprenant malgré les préjugés (et Sami Nacéri au casting). Alors tentons l'expérience...

Otage est un film d'action saupoudré d'une part de suspens. Mais attention,
il ne faut pas non plus chercher quelques chose là on ne peut pas le trouver, surtout avec une accroche aussi profonde que "on ne négocie pas sa famille". Donc pas de vision métaphysique de la vie ni des questionnements sur la misère du monde, le scénario est assez taillé dans le brut mais cela ne m'a non plus dérangé puisque je m'y attendais. Et il m'a tout de même réservé une ou deux surprises dans les grandes lignes mais sans plus. Il se laisse alors regarder sans trop se poser de questions sur la suite puisqu'on sait que Bruce gagne presque toujours. (Et quand on produit un film en tant que superstar de l'action, on évite de faire une fausse note au dénouement).

Alors forcément quand on sait qu'a la fin ça finit bien, pourquoi rester dans le ciné ? Et bien justement, je ne sais pas... Sans doute pour connaitre la manière dont ça finit bien. A savoir comment Jeff Talley (Bruce Willis) allait se sortir du dilemme qui lui est imposé. Lui l'ex vieux gourou d'une unité d'élite, négociateur de réputation qui a raccroché le téléphone de L.A.
depuis longtemps suite à une affaire qui a mal tourné (comme quoi tout ne se finit pas toujours bien). Mais chassez le cheval au galop, il reviendra avec le naturel sur son dos. Jeff Talley subit une prise d'otage
dans son petit comté paumé où il était parti vivre de journées tranquilles et d'affaires banales de voisinage. La guigne ! Lui qui ne voulait plus jamais ça. Certes, le scénario effleure toutefois le classique (adapté quand même d'un roman) mais Siri le met en scène plutôt sympathiquement et rythme son histoire avec efficacité. Les similitudes envers de nombreux prédécesseurs sur pellicules sont évidentes (et pas forcément du même
registre) mais c'est bien fait et discret. Et si Florent E. Siri prends des raccourcis quelquefois, il évite les scènes beaucoup trop évidentes ce qui sauve un peu le film du ratage total et désastreux.

Pourtant malgré certains les efforts de mise en scène et de graphisme, Otage reste très conventionnel et linéaire. L'ambiance et le temps sont quasi celle de son prédécesseur Nid de Guêpes (Filmé de nuit et l'action se déroule dans le fil du temps d'une seule soirée) et au vu de cela, on ne peut donc s'empêcher de les comparer. Certes Otage est plus carrossé que son précédent mais pas forcément plus efficace. Le récit place une part psychologique dans les personnages qui peut paraître maladroite, facile et pas forcément intéressante. On peut dès lors regretter le manque d'astuce dans l'action et le potentiel inexploité de l'endroit où se déroule l'histoire. Cela reste donc sobre, trop léger et au final grand public. Ce n'est pas
faute d'avoir consulté des vrais experts de la négociation et des prises d'otages au cours de l'écriture. Même le dénouement final est sans trop de surprises, il est là car il faut qu'il y soit. Ce n'est pas lui qui porte l'intérêt, si infime qu'il soit, du film.

Bruce Willis
passe seul son nom avant le nom du film et vends donc sa réputation comme gageure. Par ailleurs, il faut souligner l'effort effectué au
niveau du générique. Graphique et composé, il marque la volonté de l'esthétisme sur ce film. Certes ça fait passer les noms inconnus du casting plus facilement (seuls Willis et Kevin Pollack ont une certaine notoriété, les autres sont méconnus ou sortis de series). Les rôles sont bien tenus dans l'ensemble que les acteurs soient connus ou méconnus. Willis ne force pas, il fait ce qu'il sait faire sans trop se mettre en danger, c'est presque trop facile et semblable, dommage. J'ai pourtant bien aimé le choix de le voir barbu et crasseux au début, mais bon faut pas trop pousser. Bruce reprends donc vite son style monsieur propre au bout de 10 min. Ce qui n'est pas très logique au vu de ce qui lui arrive et de ce qu'on pourrait percevoir de son personnage.

Otage est un film qui passe et s'en va sans trop laisser de trace, pêchant
de ne pas avoir su être plus affirmé dans le registre de l'action (malgré une interdiction au -12 ans). Certains amateurs de ce dernier y trouveront
peut-être leur compte, tandis que d'autres se rabattront aisément sur son aîné Nid de Guêpe voire sur leur ancêtre originel Piège de Cristal...


Yerom

Le pour : Pour ceux qui aiment quand Bruce gagne
Le contre :
Bruce s'enfonce dans ses rôles de sauveur grand public

par yerom publié dans : Les films en vrac
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