Newsletter
Inscription à la newsletter
|
|
Grande Bretagne - 2004 (Touching the void)
|
 |
Genre : I'm a Survivor Réalisateur : Kevin Mac Donald Scénario : Joe Simpson Directeur de la photo : Mike Eley Casting : Brendan Mackey, Michael Aaron. Musique : Alex Heffes
|
Scénario
|
*****
|
|
Mise en scène
|
*****
|
|
Photographie
|
*****
|
|
Acteurs
|
*****
|
|
Effets spéciaux
|
****
|
|
|
Au Perou en 1985, deux anglais fanatiques d'alpinisme se lancent dans l'expédition de gravir la montagne du Siula Grande des Andes péruviennes. Les gaillards, grimpeurs chevronnés à qui on ne la fait pas, avaient déjà escaladé des montagnes toutes crues sans sel ni poivre et ce mont était au menu tout en sachant que ce dernier n'avait été gravi par la face nord qu'une seule fois en 1936 par deux allemands. Ils décidèrent donc de ne pas suivre la voie déjà ouverte et prirent l'option face ouest. Et vu de ce côté, le Siula Grande n'est plus le même caillou, mais un mur vertical de glacier, de roche et de neige montant jusqu'à 6344 mètres d'altitude, le défi pour celles et ceux qui en veulent…
L'ascension de Joe Simpson et Simon Yates deviendra par la suite une légende dans le milieu de l'alpinisme et ce film-documentaire la retrace en une reconstitution plus que captivante. On a peu l'habitude de voir ce genre de récit porté à l'écran avec une volonté de réalisme. On a bien sur vu Stallone faire de l'action-hero sur les rochers dans Cliffhanger, ou un certain Vertical Limit traîner dans les parages, mais La Mort Suspendue est certainement plus intéressant car très naturel et place le spectateur directement dans la situation des alpinistes. Et leur histoire dépasse l'entendement humain...
Revenons alors à ce défi de celles et ceux qui en veulent. L'histoire est narrée par deux hommes face caméra pour accentuer la reconstitution. Comme on le devine, cette aventure n'est pas ce qu'on pourrait appeler une balade de santé, prenez pour preuve le plan d'ouverture du film montrant le Siula Grande s'élevant au dessus des autres monts alentours. Se lancer dans son ascension relève de l'impossible pour le commun des mortels. Fort heureusement, tous les mortels ne sont pas communs et penser que Simpson et Yates aurait du mal à arriver en haut serait douter de leur compétences. Et en matière d'alpinisme, il semblerait que douter de ses aptitudes ne soit point permis, surtout lorsqu'on est accroché à un piton planté dans la glace en haut d'un mur vertical de 1500 M de haut (c'est à 1480 M qu'il faut avoir "confiance dans la confiance" dixit JCVD). Ce n'est qu'une partie de l'ascension vertigineuse. Mais elle est bel et bien effectuée entièrement par le duo et l'on peut contempler la beauté du paysage du sommet des 6344 M d'altitude depuis son fauteuil de cinéma sans les engelures aux doigts et les lèvres brûlées par le soleil.
En effet, la vue est splendide.
Mais une fois cette joie consommée et le temps de se rendre compte qu'il n'y a rien à faire là-haut, nos montagnards doivent se rendre à l'évidence qu'il va falloir redescendre... Et c'est là que les choses se compliquent. Si monter fût une grande prouesse, refaire la même chose en sens inverse ne risque de ne pas être non plus une partie de plaisir.
Et là, les images parlent d'elles mêmes. Le spectateur comprend alors que les alpinistes se sont mis en assez mauvaise posture et peut-être même piégés. La progression en descente est difficile et sans doute pire que la montée car psychologiquement le plus dur est fait. Mais quand les éléments s'en mêlent... Le mauvais temps se lève, gênant de plus en plus la descente. Puis le réchaud à gaz tombe en panne ce qui implique de ne plus pouvoir se faire de boisson chaude et à 6000 M, il est bon de souligner que cela peut-être important. Il faut alors accélérer la descente ou le risque de souffrir du froid augmente. A cette altitude, les doigts, les mains ou la vie peuvent se perdre sans qu'on s'en rende compte. Malgré l'anxiété il faut rester calme et éviter de paniquer. Soudain, Joe Simpson glisse, fait une chute et se casse la jambe... (silence total, seul le froid du vent pique le visage) - Que faire alors lorsque l'on est en altitude dans des conditions extrêmes avec son équipier au genou brisé en deux ? - Que faire si ce même équipier ne peut plus se tenir debout pour se déplacer dans 1 mètre de poudreuse ? - Que faire si l'on se refroidit dangereusement au risque de mourir car la descente se ralentit considérablement ? - Que faire lorsqu'on est convaincu que son ami n'a aucune chance de s'en sortir vivant et que si on l'aide, on risque d'être dans le même cas ? - Que faire si l'on doit couper la corde ?
J'ai été captivé par ce film, cette reconstitution de haute montagne. L'immersion dans le décor naturel est totale et on a presque froid avec les acteurs tant les difficultés ont été retranscrites. Les images sont brutes, pures et sans artifice de récit ou de style pour ponctuer les passages forts. Ici, on remarque que la montagne ne laisse pas de place au faible, au désespoir si ce n'est que pour sombrer dans la folie en cas de pépin. Le film parle d'une amitié, de survie, de sacrifice et de choix ultime que doivent affronter des hommes en de rares occasions… Loin des énormes productions catastrophe surproduites des derniers temps à coup d'effets spéciaux impressionnants, La Mort suspendue donne la version à huis-clos d'une aventure désastreuse, qui dénuée de tout superflu, fonctionne à merveille ; et sans pour autant avoir un casting avec des bêtes de courses. On pourrait rapprocher et tirer des similitudes narratifs avec le film Les Survivants se déroulant dans la même chaîne de montagne (décidément les Andes ont la côte pour les catastrophes) mais il n'en est rien, La Mort Supendue est beaucoup plus intimiste est c'est son atout. Les acteurs, bien qu'ils soient totalement inconnus, sont aussi sobres qu'efficaces et la réalisation est assez rythmée pour captiver le promeneur hagard. On plonge complètement dans l'histoire par -20 degrés. Encore plus lorsqu'on remarque que les narrateurs n'ont pas le même visage que les acteurs du film.
Pourtant que la montagne est belle...
[A signaler également que Kevin Mac Donald est le réalisateur du très primé documentaire On day in september datant de 1999 et qui refait surface sur les toiles dernièrement grâce à Munich de Steven S. puisqu'ils traitent du même sujet.]
Yerom
|
|
Le pour : Never surrender Le contre : 'Fait pas chaud en altitude
|
|
Hong Kong - 1967 (Dubei dao/ one armed swordsman)
|
 |
Genre : Kung Fu manchot Réalisateur : Chang Cheh Scénario : Chang Cheh, Ni Kuang Directeur de la photo : San Yuan Chen Casting : Jimmy Wang Yu, Chiao Chiao, Huang Chung-Sun , Pan Yin-Tze... Musique : Wang Fu-ling
|
Scénario
|
*****
|
|
Mise en scène
|
*****
|
|
Photographie
|
*****
|
|
Acteurs
|
*****
|
|
Effets spéciaux
|
*****
|
|
|
Au sein du temple de la Shaw Brothers, Chang Cheh fait office de pillier central. Auteur d'un cinéma d'art martiaux plus violent, voire brutal, mais aussi plus esthétique que l'oeuvre de ses pairs, Cheh marquera son époque et les générations suivantes d'auteurs réalisateurs. Entres autres John Woo qui fût à ses débuts son assistant-réalisateur se déclarera n'être qu'un des héritiers du maître, exploitant son art mais troquant les sabres par les armes à feu. Un seul bras les tua tous fût le film à l'origine de la trilogie du Sabreur Manchot, mais aussi celui qui permit à Chang Cheh d'exalter son art, disons-le, résolument viril. Participant au renouveau du wu xia pian aux cotés d'autres auteurs tel King Hu (L'hirondelle d'or), la trilogie de Cheh s'axe autour de l'honneur d'un homme qui même amputé se doit d'aller au bout de sa destinée, à coup de sabre si possible et d'entailles aussi profondes que ses convictions. Dans ce premier opus, le destin de Fang Gang s'écrit d'entrée dans la douleur. Son père, au service du valeureux Qi Ru-feng, meurt violemment lors d'une attaque sournoise des ennemis de son maître. Respectueux du sacrifice de son serviteur le maître accueille Fang Gang comme son disciple, lui enseigne les arts sacrés des techniques de sabre et l'élève comme son propre fils. Talentueux donc jalousé, Fang Gang subit les caprices de ses camarades notamment ceux de Qi Pei la propre fille de Ru-feng, avant de se décider à quitter en douce la prestigieuse école, et de mettre un terme aux mesquineries quotidiennes. Pourtant lors d'une ultime provocation et au terme d'un affrontement en faveur du jeune prodige, Qi Pei lui tranche le bras par traîtrise... Peu enclin à l'élégance du geste galant Chang Cheh place ses rôles féminins à l'origine de ses ressorts dramatiques. Qi Pei est l'archétype de la garce fille à papa, capricieuse qui se croit amoureuse, d'une bêtise apparente et dont l'acte le plus marquant devient le plus condamnable. En tranchant le membre du héros en devenir elle ampute l'avenir de l'un de ses plus beaux fleurons, et illustre clairement l'opinion du réalisateur réputé pour sa misogynie. La femme façon Cheh est un frein pour l'homme promis à un grand destin, allant jusqu'à le briser par son égoïsme. L'innocente Xiao-man ne dérogera pas à la règle en incarnant certes une fermière courageuse mais aussi une éventuelle mère de famille soucieuse de se trouver un homme, quitte à le faire renoncer à ses premières ambitions. Bien sûr le talent de l'auteur permettra de brouiller les cartes le temps d'un film, concédant à ses personnages du sexe faible l'excuse de l'amour responsable de leurs attitudes, mais le message de fond est plus clair que l'eau de la rivière. L'homme est un serviteur loyal à son maître, assidu dans son éducation et plaçant l'honneur au dessus de tout. La femme reste hermétique aux notions nobles de sacrifice et s'entête sur des détails de peu de profondeur. Le mâle est fait. L'autre idée du film, plus évidente encore, consiste en sa notion de dépassement de soi malgré l'amputation. Fortement ancrées en ce siècle ponctué de diverses dominations japonaises, mais aussi encouragées par des mouvements politiques populaires les plus opposés, les notions de sacrifices et d'efforts surhumains par delà la privation, la frustration et la douleur, constituent des valeurs assez répandues dans l'histoire de la Chine. Largement usitée dans les oeuvres dramatiques tous supports confondus, le cinéma de Hong-Kong permettra de donner vie à cette valeur en l'attribuant à de nombreux héros, figures patriotiques ou symboles historiques, personnages de proue d'une nation en perpétuelle quête d'exemples. Le personnage de Fang Gang s'insère dans cette lignée collectionnant les accidents de parcours : disparition du père, interruption de son initiation, perte de son bras droit entraînant indéniablement la fin de ses motivations martiales. Et pourtant son issue viendra justement de l'acceptation de cet handicap et de sa capacité à le transformer en arme redoutable, via des moyens tout aussi amputés, à savoir un livre de kung-fu calciné dont il ne reste qu'un chapitre et le sabre brisé de son père défunt. En écho à son intrigue dramatique Chang Cheh impose une esthétique que l'on croirait issue d'estampes. Les premiers décors semblent s'articuler autour des acteurs, dépassant de fait leur simple attribution de support décoratif et participant pleinement à la narration. Tout l'art de l'illustration... C'est particulièrement frappant lors de la scène d'affrontement entre les disciples qui se déroule sous une neige d'hiver aussi soudaine qu'évocatrice de l'issue fatale. Contrainte de studio oblige, Cheh utilise par ailleurs tous les subterfuges possible et imaginables pour dynamiser sa réalisation : ainsi ses combats sont filmés caméra à l'épaule plus ou moins près des acteurs pour plus d'implications et leurs mise en forme sur la table de montage passe par un découpage particulièrement sec pour l'époque. Le rythme de certaines scènes s'en trouve enrichi et amène un plus considérable aux chorégraphies d'escrime. En métronome de ces affrontements on trouve l'étonnante arme, pourtant de peu d'apparence, du vilain de l'histoire : une étrange lame à double garde dont la pointe est équipée d'une pince amovible, faite pour bloquer les techniques de l'école du sabre d'or. Outre son efficacité redoutable, son cliquetis ponctue l'attaque de l'ennemi et rythme à l'image les scènes de combat. Chang Cheh se sert physiquement de la particularité mécanique de son arme pour la répercuter sur le découpage de ses scènes transcendant l'accessoire en outil de mise en scène. Simple mais bluffant. Comme d'hab le film et ses moyens sont à situer dans un contexte d'époque pauvre en effets spéciaux, mais riche d'intentions. En 1967 la vue d'entailles ensanglantées étaient considérées comme difficilement soutenable par un public peu coutumier du fait, alors qu'aujourd'hui on se gausserait presque tant leur teinte vive révèle de l'artifice. Le constat est aussi valable pour certaines phases de combats qui peuvent paraître plus chorégraphiée qu'instinctives, les décors de studio parfois très étriqués, et le jeu ... hmmm un peu maigre selon les talents de leurs interprètes... On est forcément loin des effets tape à l'oeil et des standards du cinéma d'action actuel, ce qui sous-entend que les excités en manque d'adrénaline risquent de trouver le temps long et les coups de sabre plutôt mou du manche. Ca peut paraître paradoxal, mais avec le temps ce n'est plus le public visé. Aficionados de Danny the dog passez votre chemin.
Enzo
|
|
Le pour : Classique du genre Le contre : Pour public averti
|
|
Nouvelle Zelande - USA - 2005 (King Kong)
|
 |
Genre : King size Réalisateur : Peter Jackson Scénario : Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens Directeur de la photo : Andrew Lesnie Casting : Naomi Watts, Jack Black, Adrien Brody, Andy Serkis, Thomas Kretschmann Musique : James Newton Howard
|
Scénario
|
*****
|
|
Mise en scène
|
*****
|
|
Photographie
|
*****
|
|
Acteurs
|
*****
|
|
Effets spéciaux
|
*****
|
|
Le Dos Argenté est un gorille connu pour avoir le crane épais, un instinct territorial hyper développé et pour être l'animal social par excellence. Ce qui fait la singularité de Kong, hors le fait qu'il mesure 8 mètres de haut et qu'il occupe son domaine avec d'autres rois, tyrannosaurus ceux là, c'est qu'il est éperdument seul. Seul de son espèce, tous ses congénères semblent avoir trépassé, seul dans son genre, puisque ses congénères semblent avoir trépassé, et seul dans la vie puisque lorsque les indigènes du voisinage lui procurent de la compagnie, il ne trouve rien de mieux à faire qu'à désosser les offrandes. A croire que la femelle indigène à un petit goût de fumet pas désagréable qui améliore sensiblement un ordinaire essentiellement végétarien. Notre brave Kong est donc de la trempe du vieux garçon solitaire qui n'apprécie que moyennement qu'on vienne lui chier dans son nid. D'un naturel bougon et peu enclin à la conciliation. Un vrai roi en somme. Malheureusement pour lui, son gros cœur hors normes était destiné à rencontrer une jeune et jolie blonde braillarde et espiègle qui allait finir par le lui briser. Mettant ainsi et malgré elle un terme à la lignée des très, très, très grands singes.
Puisque nous connaissons tous les tenants et les aboutissants de cette tragédie simiesque pour en avoir vu au moins une adaptation, intéressons-nous donc à la forme de celle-ci, d'adaptation. Rarement l'Amérique en récession des années 30 aura été rendu avec autant de réalisme en si peu de plans. A part dans Les Raisins De La Colère de John Ford. Rarement le Manhattan de l'époque aura semblé si étrangement réel. A part peut-être dans le New York, New York de Scorsese mais l'action se passe dix ans plus tard. Rarement île vierge aura semblée si vierge et hostile-la-nature que cette Skull Island. A part peut-être dans quelques peintures de Frank Frazetta. Rarement autochtones insulaires auront paru si sauvages et avides de sang. A part Peut-être dans The House Of the Dead de Uwe Boll. - "Ne s'agissait-il pas en fait de zombies et d'une comparaison douteuse emprunte de taquinerie?" Tu me connais si bien... cela en deviendrait presque effrayant. Jamais, ô grand jamais, primate virtuel aura semblé si hurlant de vérité. - "Sûrement pas dans Congo, là, on est entièrement d'accord." Ce King Kong 2005 ressemble donc fort à ce que Peter Jackson prétendait vouloir réaliser. Un film hyper spectaculaire. Fidèle en cela aux sentiments qui l'ont traversés lorsque enfant, il a vu pour la première fois le King Kong de 1933 dans un cinéma de Wellington avec son papa. En bon démiurge, Jackson a donc mis l'accent sur le visuel, élevant les effets spéciaux dans des sphères jusqu'ici fantasmées. L'antropomorphie virtuelle passe un cap et l'hyperréalisme devient sévèrement envisageable. Qu'il est loin le temps de la première édition d'Imagina (1981).
Fatalement, cette priorité mise sur le tout à l'effet se fait au détriment d'autres aspects de la mise en scène. Comme quelques scènes d'action peu lisibles de part une volonté de mouvement trop appuyée. Il y a aussi James Newton Howard à la BO, remplaçant au pied levé de Howard Shore (qui signa la musique de la trilogie du Seigneur Des Anneaux, rien de moins) et qui nous livre des compositions sommes toutes peu inspirées car trop engoncées dans le registre de l'illustration sonore. Mais il y a surtout et notamment le scripte. Avec force et gros plans, Peter Jackson tentera plus d'une heure durant d'humaniser ses personnages jusqu'à l'excès, alors que dix minutes suffisent à nous faire savoir que le plus humain des protagonistes sera éructant et pourvu de quatre mains (ou quatre pieds, c'est selon). Ce pauvre Adrien Browdy serait presque trop bon acteur mais finalement pas de taille pour la confrontation qui l'attend. Contrairement à l'instinctif et testostéroné Jeff Bridges dans la version de Guillermin. Et son héroïsme volontaire, mais peu à propos, rajoute du dérisoire au ridicule de son rôle. Pas facile de rattraper un primate géant qui a décidé de faire sa tête de lard dans une jungle touffue et tortueuse, peuplée d'insectes géants et où l'hygromètrie ferait péter tout bon thermomètre. Surtout quand on est pourvu d'un physique de caneton et féru de littérature romantique. Alors bon, on se démène parce-que malgré tout, c'est Naomi Watts qui vient de vous filez sous le nez. De quoi motiver le plus ascétique des anti-héros. Elle, est déjà plus pertinente. Son visage hors d'age à la belle symétrie n'est pas sans rappeler les grandes heures du glamour hollywoodien. Ses grands yeux mouillés et sa bouche joliment dessinée sont malheureusement souvent abusivement sous-tendus par quelques fonds guimauves et rosés qui sont à la limite de la pub pour Guerlain. Mais la présence de la belle est indéniable n'en déplaise aux critiques littéraires qui lui reprochent sont manque de dialogues. Depuis quand le nombre de lignes de texte est-il gage de l'ampleur d'un rôle? A-t-on jamais reproché à Schwarzy ses 28 mots prononcés dans Terminator. Bien au contraire. - Naomi Watts... Schwarzy... tu sens pas comme une incompatibilité viscérale? Si. 45 kilos de muscles d'un côté et le statut de bon comédien de l'autre. Les autres caractères sont, à l'image du genre, assez caricaturaux pour ne pas nous faire oublier que ce King Kong reste de l'entertainment avant tout. Comme l'original.
Et c'est bien là le point négatif du King Kong de Jackson. Cet entre deux finalement pas très heureux, car pas réussi, entre émotion et action. L'un écrasant l'autre. Ou plus exactement, l'autre écrasant l'un. Et ce ne sont pas les trois heures que durent le film qui, comme son réalisateur semblait le croire, suffisent à faire le lien de l'ensemble. Trop de spectaculaire finira par tuer le spectaculaire. La version de 1976 de John Guillermin fut en cela une vraie réussite. La poésie opérait car l'écriture y était taillée au cordeau (ha! les scénarii des années 70...) et la mise en scène d'une rigueur absolue. Mais surtout, le casting y était impeccable et la bande originale de John Barry d'une puissance évocatrice rare. On regrette d'autant le mélange mal dosé de réalisme de cette dernière version en date, Kong sur le modèle d'un vrai gorille, et de fantasy (au sens anglais du terme) purement débridée et cinématographique comme la charge des brontosaures, car certaines scènes atteignent terriblement efficacement leur objectif. En particulier le premier tête-à-tête entre la belle et la bête. Qui met en évidence la bestialité du "monstre" et sa capacité à mettre un terme définitif à cette idylle naissante à l'aide d'un seul doigt si l'envie l'en prenait. On apprivoise pas Le Roi des Kong comme un vulgaire caniche. - "C'est qui l'patron !? Bordel !" D'ailleurs, quasiment toutes les scènes de la grosse tête velue d'affiche sont des réussites, sauf celle dans Central Park, comment dire... -" Ridicule ?" Voilà. Les humains quant à eux ne sont malheureusement pas souvent à la hauteur.
Cependant, Peter Jackson s'impose définitivement comme le roi de l'adaptation en widescreen. Et si le spectateur du 21e siècle ne connaîtra jamais l'hallucination qu'a du représenter la projection du King Kong du 20e, c'est bien le seul point de divergence majeur des dites versions. Très fidèle au premier opus de Schoedsack et Cooper, le King Kong façon Jackson est démesuré à l'image de son sujet. Démesuré de par son aspect visuel, démesuré dans l'expression des sentiments et démesuré dans l'action et dans son ambition. Qui n'est rien de moins que d'avoir voulu réaliser le film le plus visuellement ébouriffant jamais réalisé et d'y être parvenu. Jusqu'à ce qu'un autre réalisateur complètement fondu prétende au trône. En attendant, Lucas et les frères Wachowski font figures de pâles dauphins et le royaume de Nouvelle Zélande peu couler des jours paisibles. Si ce n'est assurément pas un film parfait, Le King Kong de Peter Jackson restera longtemps, j'en prends le pari, le plus impressionnant. Le Roi est vivant, barbu et joufflu. Vive le Roi.
Aswip'
|
|
Le pour : une histoire de blonde Le contre : la chute n'est pas très drôle
|
|