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24 décembre 2005 6 24 /12 /décembre /2005 17:32

USA - 1994 (Killing Zoe)


Genre : Gang Bang, he shout me down
Réalisateur : Roger Avary
Scénario : Roger Avary
Directeur de la photo : Tom Richmond
Casting : Eric Stolz, Jean-Hugues Anglade, Julie Delpy, Bruce Ramsay, Gary Kemp, Salvator Xuereb, Tai Thai…
Musique : Tomandandy

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

En salle la scène d'ouverture fait vite douter le spectateur. Une caméra embarquée sur le capot d'une caisse déambule le long des rues parisiennes filmant à l'emporte pièces des passants qui traversent, des Renaults 5, 16, et des Citroën d'un autre âge le tout garé ou à la croisée d'un carrefour, ou encore des palissades de chantier (passionnant) sans oublier le camion poubelle dans son labeur du matin. Sur la pellicule maussade proche du téléfilm on s'attend à ce qu'un générique en Hélvética corps 12 nous annonce la présence de Véronique Genest dans une sous-production qui fleure bon le policier du jeudi soir. On cherche d'instinct la zapette sur le siège d'à coté et/ou on s'apprête à porter plainte contre X pour faute de goût. La suite heureusement n'a rien à voir avec les tribulations d'une Julie Lescaut et cette référence ne sert qu'à décrire un générique résolument vilain. Passons.

Zed (Eric Stolz) débarque à Paris pour affaires. Visiblement abruti par les heures de décalages du vol New-York / Paris il se laisse aller aux palabres d'un Moïse au volant de son taxi qui lui arrange en douce, pour sa première nuit, une rencontre avec "une française, très bien". Plus tard Zoé (Julie Delpy) débarque et déballe. Tout. Elle n'est pas pute mais paie ses études et n'a d'orgasme qu'avec les types qui lui plaisent ce qui n'est pas courant et plutôt un compliment pour l'américain. Puis c'est Eric (Jean-Hugues Anglade) qui débarque. Il fout Zoé à la porte parce que son pote d'enfance n'a pas de temps à perdre : demain c'est le 14 juillet, Eric organise un braquage historique à la Banque Internationale de Paris et ils n'ont plus que quelques heure pour fêter ça.

Killing Zoé est visiblement un film de gueules. D'entrée celle embourbé de Stolz force la sympathie tandis que celle de Delpy enchante. Leurs tendres échanges sur l'oreiller, le cul entre deux chaises, entre la réserve et la déclaration flattent les sens : la vue se délecte et l'ouïe n'en perd pas une miette. Le plus naturellement ces deux personnages s'apprécient et communiquent via de subtiles mimiques la douceur de l'instant. L'autre gueule, celle explosive d'Anglade, vient pimenter l'ensemble. Il aboit, jappe, claque, embrasse à tour de bras et joue de son allure mi-ange mi-démon, en épicurien déjanté, brûlant la vie par les tous ses bouts. Eric n'est qu'un bateau ivre de tempêtes, prêt à entraîner son équipage dans son sillage désespéré. L'excès à la française agacera peut-être d'éventuels lassés des enflammées à la Depardieu, mais il explique à lui seul la spontanéité dévastatrice d'un braquage censé être minutieusement préparé. Virant à l'extrême lors de dérangeantes scènes festives d'avant hold-up, Anglade distille son jeu de ponctuelles attitudes d'une lucidité à faire froid dans le dos. Lorsqu'il retrouve Zoé dans la banque en pleine action, il est impossible de lire sur son visage s'il la reconnaît ou non, et lorsqu'il braque un otage il est difficile d'évaluer s'il va presser la gâchette. On fait alors comme Zed : on tente de suivre et on ne se pose pas trop de questions, ou alors trop tard. Et dire qu'au début on voulait juste tâter du danger, nous voici embarqué dans une sordide histoire, du sang plein les mains, avec un acharné sous héroïne en chef de file.

Killing Zoé est bien plus qu'un long métrage estampillé "film de potes de Tarantino". Bien sûr on reconnaît en cours de route les rouages qui plaisent et qu'entretient Quentin telle que des scènes de dialogues typiques, décalées et passives, dans les moments les plus inopportuns, ou encore ce goût presque adolescent pour l'action, son lot d'hémoglobine et de sur-consommation de stupéfiants en tous genres. Néanmoins le point fort de ce premier long d'Avary concerne sa relative sobriété. D'un angle de vue scénaristique il s'articule autour de 3 scènes principales Rencontre / Fête / Braquage, et ne comptabilise au maximum qu'une petite dizaine de "chapitres". Le fond de l'histoire n'a rien en soi de particulièrement original et ne repose sur aucune pirouette attendue. Le rythme de ce film tant suggéré qu'utilisé dans sa forme, ne privilégie que l'instant présent et nous ramène indirectement à ce que vit précisément Zed dépassé par les événements. Impossible de se poser pour mieux se projeter, inutile d'avoir toutes les cartes en mains pour essayer de mieux comprendre. Tout n'est que sous-entendu. Avary ne cherche jamais à expliquer la raison et la force de l'amitié qui lie Zed à Eric, pas plus qu'il n'essaye de mettre de longues tirades pour exprimer l'attraction fusionnelle entre Zoé et Zed. Il n'a pas besoin non plus de justifier les deux "Non, c'est hors de question" prononcés respectivement par le banquier et le vigile du coffre-fort, qui cassent l'entrain global mais sonnent comme de vains obstacles face à l'acte de folie. En fait ce qui s'apparenterait à des scènes de description rendrait caduque l'effet de surprise, désincarnerait le spectateur alors au coeur de la tourmente et rendrait anodine cette histoire de hold-up. C'est tant l'axe fort du film qu'en bout de course la présence policière n'est que suggérée, ou presque, avec en guise de bouquet final une fusillade en huit clos où pas un seul fusil d'assaut du GIGN ne pointe le bout de son canon. Balèze.

Et encore je vous passe les détails sur les autres petites perles disséminées de ci et là, qui vaudraient presqu'à elles seules le détour : le groom français qui parle anglais, le client américain qui se vante de la libération, la junkie qui drague Zed, la soirée de défonce extrème, Eric et Oliver qui "font les morts", Claude qui raconte une blague à ses potes de gang, Oliver qui a une absence face au coffre fort, Anglade qui chante Yves Montand... Que du bon.

Sorti en pleine période de films jugés particulièrement violents après le Léon de Besson, et le Tueurs nés d'Oliver Stone, Killing Zoé fût l'affiche qui fit déborder la critique, prit à part entre la volonté d'énoncer les qualités de ces oeuvres cinématographiques et ce besoin tout naturel d'enrayer l'engouement pour ce cinéma plus brutal qu'à l'accoutumée. Avec le temps on se dit que finalement tout se digère et que depuis d'autres violences plus fortes ont eu leur support cinématographiques, que cela soit celles mises en scène par un Spielberg lorsqu'il raconte la guerre ou bien celles de Gaspard Noé lorsqu'il décrit un viol. Avec le temps donc Killing Zoé bonifie sa cuvée, mettant en exergue sa belle mise en forme et son impeccable sens du rythme. Avec le temps enfin, on apprend à faire la différence entre des films gratuitement violents pour le spectacle et les autres. A ce titre il serait peut-être temps de diminuer le nombre de copies des blockbusters de Mickael Bay. Non ?


Enzo

Le pour :  Rythme, jeu, insoutenable légèreté d'actes condamnables.
Le contre :
Scènes de rue d'ouverture et de fermeture, très vilaines.

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commentaires

yanoochka 23/12/2009 14:59


Juste une remarque - la longue blague est racontée par Ricardo - Bruce Ramsay ( tué juste à la fin de cette blague) et pas par Claude - Salvator Xuereb 


Spectre 25/03/2009 03:05

J'avoue Anglade n'est pas si mauvais, il est juste embarassé de ses cheveux et évolue dans un film pourri.

Spectre 25/03/2009 02:41

Je viens de voir ce film et je ne comprends tout bonnement pas comment on peut trouver ça bien.Ce film est une  abominable merde mise en scène avec les pieds du cadavre d'un autiste, le découpage est lamentable et presque risible s'il n'était pas aussi consternant, les acteurs sont tous nuls sauf Stolz restant un minimum professionnel, et le scénario n'a ni queue ni tête (où est l'évolution et donc la consistance du héro, où est la relation avec Zoé (dans trois plans au ralentit enchainés en fondu, super), et c'est quoi ce titre ????).On a l'impression d'assister à un film amateur posté sur youtube où le réa mélange idées pompées de vrais films et juste le pire n'importe quoi en termes de lisibilité et de sens donné à son découpage (regardez la baston entre Zed et Eric, franchement !).En plus on se fout des personnages secondaires aussi stupides que creux, aux dialogues à la fois basiquement fonctionnels et sensés êtres amusants et singularisants (genre Tarantino) mais d'une très triste vacuité.Bref, une accumulation de non choix, donnant un non style, donnant une bouillie cinématographique où le hors champ n'a pour fonction que l'oblitération pure et simple de ce qui s'y passe, et non pas comme ça aurait du l'être, l'immersion dans l'univers psychologique des personnages, qui de toute façon n'en ont pas.Pour finir je m'adresse à Enzo, désolé mais justifier l'existence et l'intéret de Killing Zoé me semble bien naïf comme tous ces effets faussement originaux (genre la déformation de l'image au lens baby pour signifier la défonse), et y être réceptif aussi évidemment et aveuglemment me semble relever de la confiance mal placée en l'estampillonnage "Tarantino", devenu lui même un soit disant gage de qualité cinématographique mais surtout marketing.Ouvre les yeux bien grand et regarde à nouveau le film, je comprend que son coté lancinant inattendu (et pas mal réussi pour le coup au tout début) t'es embarqué mais rends toi compte du ridicule et de la sensation de vide que te laisse Killing Zoé. Ce n'est ni violent, ni nihiliste, ni marrant, ni intelligent, c'est raté.

Robert Mudas 28/09/2006 12:48

J'ai vu ce film il n'y a pas longtemps, et je m'étonne qu'il n'ait suscité aucune réaction dans les commentaires...
J'en ai à peu près la même vision que toi : des personnages intéressants et inhabituels, un scénario au rythmle ternaire, lent dans le stress de la préparation du braquage, puis rapide dans l'excitation et la précipitation... Finalement déroutant dans la confusion générale et le délire sanglant de la conclusion.
J'ai personnellement trouvé ce film très choquant. Pourtant "Requiem for a dream" ou autres "Irréversible" m'ont appris à surmonter le détestable, mais ce film m'a pourtant un peu choqué. En réflechissant je crois que cette gêne provient de l'attachement envers les personnages. Pas de héros, pas de méchants : Eric est un connard, mais sa philosophie épicuriste se tient presque... Zed a l'air sympa, mais il est lâche devant Eric... Seule Zoé a l'air de quelqu'un de vraiment bien. C'est pour ça qu'il faut la tuer, comme le surprenant titre le dit.
Par contre la scène d'ouverture ne m'a pas marqué plus que ça. Enfin bon...