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16 janvier 2006 1 16 /01 /janvier /2006 01:00

Hong Kong - 1967 (Dubei dao/ one armed swordsman)


Genre : Kung Fu manchot
Réalisateur : Chang Cheh
Scénario : Chang Cheh, Ni Kuang
Directeur de la photo : San Yuan Chen
Casting : Jimmy Wang Yu, Chiao Chiao, Huang Chung-Sun , Pan Yin-Tze...
Musique : Wang Fu-ling

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Au sein du temple de la Shaw Brothers, Chang Cheh fait office de pillier central. Auteur d'un cinéma d'art martiaux plus violent, voire brutal, mais aussi plus esthétique que l'oeuvre de ses pairs, Cheh marquera son époque et les générations suivantes d'auteurs réalisateurs. Entres autres John Woo qui fût à ses débuts son assistant-réalisateur se déclarera n'être qu'un des héritiers du maître, exploitant son art mais troquant les sabres par les armes à feu. Un seul bras les tua tous fût le film à l'origine de la trilogie du Sabreur Manchot, mais aussi celui qui permit à Chang Cheh d'exalter son art, disons-le, résolument viril. Participant au renouveau du wu xia pian aux cotés d'autres auteurs tel King Hu (L'hirondelle d'or), la trilogie de Cheh s'axe autour de l'honneur d'un homme qui même amputé se doit d'aller au bout de sa destinée, à coup de sabre si possible et d'entailles aussi profondes que ses convictions.

Dans ce premier opus, le destin de Fang Gang s'écrit d'entrée dans la douleur. Son père, au service du valeureux Qi Ru-feng, meurt violemment lors d'une attaque sournoise des ennemis de son maître. Respectueux du sacrifice de son serviteur le maître accueille Fang Gang comme son disciple, lui enseigne les arts sacrés des techniques de sabre et l'élève comme son propre fils. Talentueux donc jalousé, Fang Gang subit les caprices de ses camarades notamment ceux de Qi Pei la propre fille de Ru-feng, avant de se décider à quitter en douce la prestigieuse école, et de mettre un terme aux mesquineries quotidiennes. Pourtant lors d'une ultime provocation et au terme d'un affrontement en faveur du jeune prodige, Qi Pei lui tranche le bras par traîtrise...

Peu enclin à l'élégance du geste galant Chang Cheh place ses rôles féminins à l'origine de ses ressorts dramatiques. Qi Pei est l'archétype de la garce fille à papa, capricieuse qui se croit amoureuse, d'une bêtise apparente et dont l'acte le plus marquant devient le plus condamnable. En tranchant le membre du héros en devenir elle ampute l'avenir de l'un de ses plus beaux fleurons, et illustre clairement l'opinion du réalisateur réputé pour sa misogynie. La femme façon Cheh est un frein pour l'homme promis à un grand destin, allant jusqu'à le briser par son égoïsme. L'innocente Xiao-man ne dérogera pas à la règle en incarnant certes une fermière courageuse mais aussi une éventuelle mère de famille soucieuse de se trouver un homme, quitte à le faire renoncer à ses premières ambitions. Bien sûr le talent de l'auteur permettra de brouiller les cartes le temps d'un film, concédant à ses personnages du sexe faible l'excuse de l'amour responsable de leurs attitudes, mais le message de fond est plus clair que l'eau de la rivière. L'homme est un serviteur loyal à son maître, assidu dans son éducation et plaçant l'honneur au dessus de tout. La femme reste hermétique aux notions nobles de sacrifice et s'entête sur des détails de peu de profondeur. Le mâle est fait.

L'autre idée du film, plus évidente encore, consiste en sa notion de dépassement de soi malgré l'amputation. Fortement ancrées en ce siècle ponctué de diverses dominations japonaises, mais aussi encouragées par des mouvements politiques populaires les plus opposés, les notions de sacrifices et d'efforts surhumains par delà la privation, la frustration et la douleur, constituent des valeurs assez répandues dans l'histoire de la Chine. Largement usitée dans les oeuvres dramatiques tous supports confondus, le cinéma de Hong-Kong permettra de donner vie à cette valeur en l'attribuant à de nombreux héros, figures patriotiques ou symboles historiques, personnages de proue d'une nation en perpétuelle quête d'exemples. Le personnage de Fang Gang s'insère dans cette lignée collectionnant les accidents de parcours : disparition du père, interruption de son initiation, perte de son bras droit entraînant indéniablement la fin de ses motivations martiales. Et pourtant son issue viendra justement de l'acceptation de cet handicap et de sa capacité à le transformer en arme redoutable, via des moyens tout aussi amputés, à savoir un livre de kung-fu calciné dont il ne reste qu'un chapitre et le sabre brisé de son père défunt.

En écho à son intrigue dramatique Chang Cheh impose une esthétique que l'on croirait issue d'estampes. Les premiers décors semblent s'articuler autour des acteurs, dépassant de fait leur simple attribution de support décoratif et participant pleinement à la narration. Tout l'art de l'illustration... C'est particulièrement frappant lors de la scène d'affrontement entre les disciples qui se déroule sous une neige d'hiver aussi soudaine qu'évocatrice de l'issue fatale. Contrainte de studio oblige, Cheh utilise par ailleurs tous les subterfuges possible et imaginables pour dynamiser sa réalisation : ainsi ses combats sont filmés caméra à l'épaule plus ou moins près des acteurs pour plus d'implications et leurs mise en forme sur la table de montage passe par un découpage particulièrement sec pour l'époque. Le rythme de certaines scènes s'en trouve enrichi et amène un plus considérable aux chorégraphies d'escrime. En métronome de ces affrontements on trouve l'étonnante arme, pourtant de peu d'apparence, du vilain de l'histoire : une étrange lame à double garde dont la pointe est équipée d'une pince amovible, faite pour bloquer les techniques de l'école du sabre d'or. Outre son efficacité redoutable, son cliquetis ponctue l'attaque de l'ennemi et rythme à l'image les scènes de combat. Chang Cheh se sert physiquement de la particularité mécanique de son arme pour la répercuter sur le découpage de ses scènes transcendant l'accessoire en outil de mise en scène. Simple mais bluffant.

Comme d'hab le film et ses moyens sont à situer dans un contexte d'époque pauvre en effets spéciaux, mais riche d'intentions. En 1967 la vue d'entailles ensanglantées étaient considérées comme difficilement soutenable par un public peu coutumier du fait, alors qu'aujourd'hui on se gausserait presque tant leur teinte vive révèle de l'artifice. Le constat est aussi valable pour certaines phases de combats qui peuvent paraître plus chorégraphiée qu'instinctives, les décors de studio parfois très étriqués, et le jeu ... hmmm un peu maigre selon les talents de leurs interprètes... On est forcément loin des effets tape à l'oeil et des standards du cinéma d'action actuel, ce qui sous-entend que les excités en manque d'adrénaline risquent de trouver le temps long et les coups de sabre plutôt mou du manche. Ca peut paraître paradoxal, mais avec le temps ce n'est plus le public visé. Aficionados de Danny the dog passez votre chemin.


Enzo

Le pour :  Classique du genre
Le contre :
Pour public averti

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commentaires

chrys 09/05/2006 23:08

Bonjour Je me présente, je m’appelle Chrys. J’aimerais entrer en contact avec des blogeurs pour des recherches personnelles. J’ai parcouru ton blog que j'ai trouvé très interressant et j’aurais aimé savoir si tu serais d'accord pour en discuter via mail ou msn. Chrys

chapi-chapo 27/02/2006 15:42

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A Quand les Cesars de CINEMATIC ? svp
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seby 19/02/2006 18:06

Chouette blog, informatif et personnel, ta plume est précise et que dire à part que je repasserais, a++

Pascal 06/02/2006 02:12

Merci, j'essayerai de découvrir

kad 03/02/2006 22:43

je vois que tu es fana de ciné! je te conseille ce site sur lequel tu peux partager ta passion en faisant connaitre ton blog
http://octomosa.lightbb.com/