France
- 2005 (Le couperet) |
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Genre
: Guide d'embauche
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Notre société est corrompue par son principe de rentabilité et notre aptitude à nous y battre est devenue un argument commercial. Cette introduction n'est pas qu'une formule alambiquée pleine de mots difficiles, elle sert aussi de fil conducteur au Couperet de Costa Gavras, adaptation efficace et inspirée du roman de Donald Westlake. Bruno Davert au bout d'un énième envoi de CV, cherche la raison de son impopularité auprès des sociétés de son secteur. Un rapide et pertinent examen lui donne une amorce de réflexion d'une logique implacable : inutile d'en vouloir aux dirigeants d'entreprises qui se contentent de suivre la règle du jeu, s'il n'a pas de travail c'est qu'un autre lui a piqué. Point. Si Bruno veut retrouver sa place, il faut qu'il élimine la concurrence. Tout va bien, je vais bien. Le couperet tombe dès l'amorce de la pensée d'un José Garcia en grande forme dans son interprétation d'un ingénieur surqualifié en mal d'emploi. Il est Bruno, méthodique chasseur de têtes (au sens cru du terme) réfléchi, censé, résolu à ne plus laisser son avenir lui filer entre les pattes. Il est le mâle, le chef de tribu, celui sur qui repose l'équilibre familial, le père de famille qui ne supporte plus les conseils sans convictions de sa femme et le désintérêt de ses enfants. Il est le dircom de sa petite entreprise qui connait la crise, et son business plan se dessine dans la fumée rance d'un vieux Luthger. D'une sobriété surprenante, Costa Gavras se contente de filmer sans artifices ni effets superflus l'épouvantable destin de son Bruno d'assassin. Il contribue ainsi à ancrer le spectateur dans le contexte de l'histoire assez proche de l'actualité, et de le persuader que tout ce qui n'arrive n'est qu'une conséquence logique d'une situation dans l'impasse. Tout se qui se voit à l'écran parait familier : d'un troquet qui sert de décor où Bruno s'essaye au plat du jour, à l'entretien d'embauche tant attendu et si prévisible avec ses : "et qu'est-ce que ces années de chômage vous ont apporté M. Davert ?". Cette famille pourrait être la notre, cette manière de dire "chercheur d'emploi" au lieu de "sans emploi" pourrait nous appartenir, et cette solution finale, toute ignoble soit-elle, pourrait être notre unique chance de remettre des épinards dans l'assiette, avant de songer au beurre qui irait si bien avec. Tout dans ce film contribue à compatir avec l'effort de guerre fourni par ce cadre vaillant, qui au bout du compte ne cherche QU'à obtenir l'emploi qui lui permettrait d'exister, lui est sa famille. Même l'impeccable Karine Viard en tant que madame Davert, par son aveuglement et sa naïveté, noit le spectateur dans une mer de compassion. Bien sûr on ne sait rien, ou presque, des victimes potentielles. On se contente comme Bruno de fermer les yeux et de ne croire qu'en une seule vérité : un de moins. C'est Dantesque ou Houellbecquien, mais c'est surtout très efficace. Les dialogues sont futés et affûtés servis sur le plateau d'argent d'un jeu d'acteur sans failles. Le travail d'écriture dans son ensemble est remarquable. Le petit plus de Costa Gavras de disséminer en arrière plan plusieurs messages publicitaires flattant les instincts primaires de l'homme (pouvoir, sexe, combat) rappelle le pouvoir persuasif et subliminaire de la publicité, véritable sens de suggestion de notre société de communication, et achève de convaincre le chaland que tout cela n'est peut-être pas qu'un film mais bel et bien une réflexion cynique de notre amère réalité. Amen. |
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Le
pour : José
Garcia, si, si |
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(site web)
le: 03/08/2006 15:48:08
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