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5 avril 2005 2 05 /04 /avril /2005 00:00

Japon - 1995 (Memories)


Genre : Pot pourri d'anticipation
Réalisateurs : Kôji Morimoto, Tensai Okamura, Katsuhiro Ôtomo
Scénario : Katsuhiro Ôtomo, Satoshi Kon
Direction d'art: Kôji Morimoto, Tensai Okamura, Katsuhiro Ôtomo
Casting voix: ---
Musique : Yôko Kanno, Jun Miyake, Hiroyuki Nagashima

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Ecrit par Katsuhiro Ôtomo, auteur génial du manga Akira et chef d'orchestre de son adaptation au cinéma, Memories regroupe trois délicieux moyens-métrages réalisés par les grands noms actuels de la japanimation. A la différence des Rêves de Kurosawa, même si les deux titres sont assez proches de sens, Memories n'est pas un tryptique ou une œuvre découpée en plusieurs tableaux sur un thème générique. Chaque films se distingue les uns des autres, sans aucun lien significatif autre que leur dimension fantastique, un peu à la manière des désormais mythiques épisodes de la quatrième dimension. On a longtemps cru d'ailleurs, que ce regroupement de petits films serait le premier d'une longue série à venir. Il n'en est rien. L'intitulé Memories signifie à plusieurs niveaux : des souvenirs d'anticipation puisque issus d'un contexte futur, la mémoire collective de l'humanité, et fait figure de pot pourri d'amorces de scénarii imaginés, au cours de ses débuts d'animateur, par maestro Ôtomo.

Des trois films, La rose magnétique présente le plus beau compromis de fond et de forme, se parant d'une belle mise en scène au service d'une intrigue captivante. Scénarisé par Satoshi Kon (Perfect Blue, Tokyo Godfathers) et réalisé par Kôji Morimoto, La rose magnétique est le pendant animé de plusieurs références du cinéma de science fiction. La trame de fond évoque notamment l'intrigue de 2001 l'odysee de l'espace, ce sentiment de référence étant renforcé par l'environnement musical de Yôko Kanno dont la symphonie sidérale fait écho à la valse sous apesanteur de l'oeuvre de Kubrick. A d'autres niveaux, le profil dessiné et scénarisé du personnage de Heinz rappelle franchement Ed Harris dans L'étoffe des héros et/ou Abyss, tandis que l'atmosphère générale se compose d'un suspens Alien-esque mélé d'une sorte de poésie spatiale, aussi légère et perturbatrice que l'absence de gravité.

La bombe puante, rompt complètement l'allégorie de La rose magnétique en illustrant avec un humour typiquement japonais, la transformation d'un employé de laboratoire en désastre scientifique. Ôttomo s'y parodie tout seul, se permettant d'évoquer Akira d'un point de vue potache : et si l'arme absolue de demain était un virus bactériologique qui transforme les effluves d'un homme en poison sur pattes ? Admirablement dessiné cet épisode est un véritable divertissement orchestré par un Tensai Okamura jovial et sans complexe, jouant à l'extrême du burlesque de la situation et du saugrenu de ses conséquences. Les scènes de catastrophe sont autant impressionnantes qu'idiotes et la conclusion de ce court métrage sonne comme une fin de fanfare à coup de trompette crevée.

Chair à canon, dernier métrage de Memories, est réalisé par Ôtomo lui-même, et retrace le quotidien d'une vaste cité qui s'organise autour d'une activité unique : tirer à coup d'obus gigantesques sur l'ennemi, invisible, indéfinissable, oeuvrant certainement dans le même état d'esprit que son adversaire. Le maître réalisateur signe ici un petit chef d'œuvre dans la pure tradition de l'animation, exploitant au maximum la caricature à tous les niveaux de conception (scénario, dessin, mise en scène) dans un exercice de style cher à Bill Plympton, figure emblématique de l'animation expressionniste américaine. Ôtomo s'y régale, joue du plan séquence à outrance, déforme son trait dans d'impossibles perspectives, souligne grossièrement les zones d'ombres, au sens propre comme au figuré. Chair à canon revient aux premières bases graphiques et sémantiques de l'animation, permettant à Ôtomo de s'offrir une parenthèse créative inédite, presque intime, tout en retenue par rapport à ses long métrages plus grandioses dans leur entreprise (Akira, Metropolis (scénario) et Steamboy)

Ôtomo et son équipe nous offre donc 3 belles réalisations, jouant des possibilités que permettent l'animation, avec autant de plaisir que de talent. D'une sobriété toute relative, ces morceaux de films, véritables extraits de l'imagination d'Ôtomo et fragments de sa mémoire de maître-animateur nippon, sont d'authentiques ouvrages à l'état brut, issus d'un atelier expérimental que l'on imaginait à peine. Dans un japon parfois ancré dans ses certitudes marketing, et dans la production d'innombrables OAV (Original Animation Video), annexes en long-métrages de leurs séries les plus célèbres, ce recueil lors de sa sortie en salle, permit à ses auteurs de proposer d'autres voies de réalisation et d'explorer un peu plus le caractère purement cinématographique de l'animation. A ranger dans la même veine d'attention que Ghost in the shell, Akira et Nausicaa 10 années auparavant, Memories contribua à sortir la japanimation de son adolescence pour le faire entrer dans son âge adulte. Le succès en salle de ses films jusqu'en dehors du territoire natal, amorça la reconnaissance du métier des arts animés japonais, enfin valorisés pour leur qualité plutôt que pour la quantité de leur production télévisuelle. D'autant plus que Memories n'est que la partie immergée du travail de fond d'Ôtomo, qui fort de ses convictions, bouscula non sans peine producteurs et distributeurs, leur imposant une nouvelle gymnastique d'esprit qui permit plus tard l'émergence d'autres talents et la réalisation d'autres ouvrages de qualité.

P.S : Le concept même de Memories et à l'origine du Animatrix des vaniteux frères Wachowski.

Enzo

Le pour : beau panel de talents
Le contre :
 3 seulement, c'est limite frustrant...

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commentaires

fire_angel 27/05/2005 15:26

J'ai découvert par hasard cees 3 courts métrages sur une chaine du cable , et dés les 5 premières minutes de magnetic rose j'ai été littélalement scotché a mon fauteuil , un sublime mélange de science fiction, d'intrigue et de fantastique.
J'ai ensuite bien rit avec "stink bomb" , une pure merveille de décallage et de burlesque, démontrant encore une fois que les japonais ne manquent pas d'humour. L'animation et les graphismes ne sont pas en reste , tout comme dans magnetic rose.
Vient ensuite le plus sombre "canon fodder" , bien moins enjoué ou intriguant que les 2 premier , mais a l'intéret tout aussi prenant. Le parti-prit graphique colle merveilleusement au thème.
Des films comme ça , on en redemande !