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Samedi 16 avril 2005

France - 2003 (L'esquive)


Genre : Marivaudages
Réalisateur : Abdellatif Kechiche
Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalya Lacroix
Directeur de la photo : Lubomir Backchev
Casting : Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Hajar Hamlili, Nanou Benahmou...
Musique : ...

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux

Abdel.
Je te dis tout ça comme ça vient.

J’ai pensé d’abord écrire quelque chose de marrant parce que j’adore me la jouer façon loustic de banlieue, et que je voyais là l’occasion de me lâcher avec des jeux de mots du style «langue de Molaire», et «fourberie d’escarpin»… Finalement non. Tout simplement parce que ton film n’a rien de caricatural malgré les «t’as hu ?» en fins de dialogues mâchés, parfois inaudibles, balancés, presque hurlés, par ta belle brochette de comédiens. J’ai lu de ci et là des avis de spectateurs peu pertinents sur la question du langage. S’arrêter aux soubresauts du verbe du patois de banlieue, c’est porter peu d’estime à ton film, et c'est surtout faire preuve d'une bêtise sans limites. T'imagines du Pagnol sans l'accent et les mots du sud ?

Je te dis ça comme ça parce que c’est comme ça que tu me racontes l’Esquive. La caméra à l’épaule ou à bout de bras, avec la lumière du moment, et des acteurs presque à nu. Parce que malgré le format cinématographique, terrain de jeu propice à tous les excès, tu t’es contenté d’une vision dépouillée, légère dans la forme, proposant presque un film de famille… On sait bien que la vie de cité est ce qu’elle est, et que tu n’as pas envie d’user de ficelles aussi grosses que celles servies par TF1 lors du JT de 20h, qui se serait volontiers contenté de ta scène où Frida se prend des gifles. On voit bien aussi qu’en relatant un quotidien sans caisse brûlée, ni tournantes organisées, mais ponctué de scènes de classe avec une prof enthousiaste, volontaire, et des élèves attentifs, tu expliques à ceux qui ne voulaient pas le savoir que ce type de moments assez communs, existe aussi en ZUP. Cette prof, dont les conseils d’un français tout littéraire tranchent avec les envolées verbales gauches et grossières des gosses entre eux, n’est pourtant pas traitée de tepu ou de mutante de l’espace, ni perçue comme une représentante du système avec un grand S, cher à certains rappeurs peu inspirés.

Bien sûr la fausse confrontation et le vrai rapprochement avec l’univers de Marivaux, n’est pas anodine et est bien plus qu’anecdotique. Inutile de se farcir Télérama pour en saisir les rouages. C’est malin, intelligent, bien vu, bien rendu sans en faire des caisses. Tranquille. Les passages où Lydia, Rachid et Frida passent d'un siècle à l'autre via le simple truchement du langage sont plutôt bluffant. Le trucage reste d'apparat, les gosses gardent leur trait de caractère, et de toutes façons rien ne sert d'imiter puisqu'on échappe pas à ce que l'on est, ni d'où l'on vient. C'est Abdel Marivaux qui le dit.

Abdel, je te dis ça comme ça parce qu’au bout du compte je me suis régalé. Tu n’as pas cherché l’esbroufe donc tu ne m’a pas bluffé, tu m’a juste fait plaisir avec une histoire forcément sympathique, portée par de belles gueules de mômes à l’opposé des bonnes bouilles des choristes, tant en vogue en ce moment. Ca n’a rien de péjoratif mais au vu des nombreuses réactions suscitées par l’attitude de tes ados, qui sont d’ailleurs les nôtres, je ne pouvais m’empêcher d’évoquer la comparaison. Je ne vois pas ce qui motive la France tranquille d'aller chercher 40 ans en arrière une jeunesse souhaitée, surtout si c'est pour l'entendre beugler comme une chèvre touchée par la grâce. Bon, ça c'est péjoratif, mais c'est sûrement parce que je préfère le rap.

Enzo

Le pour : Prolonger l'euphorie des césars
Le contre :
Oreilles sensibles s'abstenir

 
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