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Genre
: Marivaudages
Réalisateur : Abdellatif Kechiche
Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalya Lacroix
Directeur de la photo : Lubomir Backchev
Casting : Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina
Ouazani, Hajar Hamlili, Nanou Benahmou...
Musique : ...
Scénario |
***** |
Mise
en scène |
***** |
Photographie |
***** |
Acteurs |
***** |
Effets
spéciaux |
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Abdel.
Je te dis tout ça comme ça vient.
Jai pensé dabord écrire quelque chose de marrant parce que jadore
me la jouer façon loustic de banlieue, et que je voyais là loccasion
de me lâcher avec des jeux de mots du style «langue de Molaire», et
«fourberie descarpin»
Finalement non. Tout simplement parce que ton
film na rien de caricatural malgré les «tas hu ?» en fins de dialogues
mâchés, parfois inaudibles, balancés, presque hurlés, par ta belle brochette
de comédiens. Jai lu de ci et là des avis de spectateurs peu pertinents
sur la question du langage. Sarrêter aux soubresauts du verbe du patois
de banlieue, cest porter peu destime à ton film, et c'est surtout
faire preuve d'une bêtise sans limites. T'imagines du Pagnol sans l'accent
et les mots du sud ?
Je te dis ça comme ça parce que cest comme ça que tu me racontes lEsquive.
La caméra à lépaule ou à bout de bras, avec la lumière du moment, et
des acteurs presque à nu. Parce que malgré le format cinématographique,
terrain de jeu propice à tous les excès, tu tes contenté dune vision
dépouillée, légère dans la forme, proposant presque un film de famille
On sait bien que la vie de cité est ce quelle est, et que tu nas pas
envie duser de ficelles aussi grosses que celles servies par TF1 lors
du JT de 20h, qui se serait volontiers contenté de ta scène où Frida
se prend des gifles. On voit bien aussi quen relatant un quotidien
sans caisse brûlée, ni tournantes organisées, mais ponctué de scènes
de classe avec une prof enthousiaste, volontaire, et des élèves attentifs,
tu expliques à ceux qui ne voulaient pas le savoir que ce type de moments
assez communs, existe aussi en ZUP. Cette prof, dont les conseils dun
français tout littéraire tranchent avec les envolées verbales gauches
et grossières des gosses entre eux, nest pourtant pas traitée de tepu
ou de mutante de lespace, ni perçue comme une représentante du système
avec un grand S, cher à certains rappeurs peu inspirés.
Bien
sûr la fausse confrontation et le vrai rapprochement avec lunivers
de Marivaux, nest pas anodine et est bien
plus quanecdotique. Inutile de se farcir Télérama pour en saisir les
rouages. Cest malin, intelligent, bien vu, bien rendu sans en faire
des caisses. Tranquille. Les passages où Lydia, Rachid et Frida passent
d'un siècle à l'autre via le simple truchement du langage sont plutôt
bluffant. Le trucage reste d'apparat, les gosses gardent leur trait
de caractère, et de toutes façons rien ne sert d'imiter puisqu'on échappe
pas à ce que l'on est, ni d'où l'on vient. C'est Abdel
Marivaux qui le dit.
Abdel, je te dis ça comme ça parce quau
bout du compte je me suis régalé. Tu nas pas cherché lesbroufe donc
tu ne ma pas bluffé, tu ma juste fait plaisir avec une histoire forcément
sympathique, portée par de belles gueules de mômes à lopposé des bonnes
bouilles des choristes, tant en vogue en ce moment.
Ca na rien de péjoratif mais au vu des nombreuses réactions suscitées
par lattitude de tes ados, qui sont dailleurs les nôtres, je ne pouvais
mempêcher dévoquer la comparaison. Je ne vois pas ce qui motive la
France tranquille d'aller chercher 40 ans en arrière une jeunesse souhaitée,
surtout si c'est pour l'entendre beugler comme une chèvre touchée par
la grâce. Bon, ça c'est péjoratif, mais c'est sûrement parce que je
préfère le rap.
Enzo |