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Lundi 22 mai 2006

Le 11 septembre 2001, les yeux rivés sur nos écrans cathodiques, nous avalions jusqu'à l'asphyxie les images apocalyptique de l'attaque terroriste la plus symbolique et la plus médiatique de l'histoire humaine. Avides de scénarios catastrophes et d'images chocs, nos journalistes télévisuels se complaisaient à comparer l'actualité dramatique à de grosses productions hollywoodiennes et martelaient leurs présentations par de maladroites et pathétiques tournures rédactionnelles du type "Hélas ce que vous allez voir n'est pas de la fiction"... L'idée idiote, voire de base, de cette mise en rapport entre le genre catastrophique des blockbusters américains et une réalité sordide, avait néanmoins le mérite de soulever une question pour le moins inattendue : "Est-ce que Hollywood aurait l'audace d'en faire un film ?"... Très vite outre-atlantique les comics s'emparèrent du douloureux sujet lors de discutables adaptions dessinées avec Captain America en figure de proue, alimentant de fait nos lourds à priori vis à vis des States, et achevant de nous convaincre que l'on aurait droit un jour ou l'autre à une version cinématographique des deux tours s'affaissant, dans un esprit de refonte revanchard à la Pearl Harbor de Michael Bay.

Comme pour encourager le cinéma d'Hollywood à ne pas basculer du coté obscur de l'amalgame entre fiction et réalité, les instances cinématographiques du monde entier récompensèrent à outrance le Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, de 23 prix dont la palme d'or 2004 du festival de Cannes. La manoeuvre dénuée de critère artistique (à ce jour c'est tout de même le documentaire le moins réussi de Moore) permit d'affirmer l'opinion d'une certaine élite intellectuelle opposée à la politique de Bush, grossièrement basée sur une vilaine interprétation des événements du 11 septembre.

Malgré tout la tentation de retranscrire sur grand écran la catastrophe humaine semblait plus forte que tout... Après la sortie US de United 93 de Paul Greengrass retraçant le (prétendu) sacrifice de l'équipage du vol 93 supposé destiné à s'écraser sur la maison blanche, voici que se profile l'attendu World Trade Center d'Oliver Stone... Il y a quelques mois, à l'annonce de l'intérêt du maître réalisateur sur l'événement tragique, bon nombre d'observateurs se hérissèrent le poil tant la réputation politico-cinématographique de l'auteur n'est plus à prouver. Pourtant au vu de la bande annonce, tout porte à croire qu'Oliver Stone a mis de coté son opinion personnelle et ses habitudes à ruer dans les brancards, puisque se limitant à décrire l'histoire vraie d'un duo de policiers coincé sous les décombres de Ground Zero.

Doit-on regretter le manque d'ambition de ce docu-fiction ? Peut-être. A l'heure actuelle seul Stone semblait apte à mettre en exergue, avec le talent dont il a le secret, les ficelles alambiquées d'un tel événement, avec ses tenants et ses aboutissants. Peut-on blâmer pour autant l'auteur de ne pas s'être sacrifié sur le sacro-saint autel de la vérité ? Certainement pas. Malgré tout le dédain que nous avons tendance à afficher face à la guerre de Bush, conséquence directe et saugrenue du 11 septembre, il est peut-être utile de comprendre à quel point les plus humbles citoyens des Etats-Unis d'Amérique ont encaissé ce jour là. Le simple fait que l'un des réalisateurs les plus emblématiques de cette nation se soit contenté de cette vision presque intime suffit certainement à illustrer une douleur au-dessus de tout. Une sorte de deuil en grandes pompes sur écran large, pour inciter au recueillement officiel, loin de toute idée politique.

La seule ombre au tableau concerne justement la récupération de l'oeuvre au profit de Bush Junior et de ses manoeuvres militaires... On imagine d'ici le bougre sortant d'une salle de cinéma, du pop-corn plein les dents et une astucieuse perle lacrymale pendue à son regard hébété, proclamant derrière une tribune improvisée un certain "devoir de mémoire", et justifiant ses actions ...patriotiques. Hélas.

La bande annonce de World Trade Center

Enzo

par Enzo publié dans : Potins, news & ragots
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Commentaires

Ouaip, moi aussi la bande annonce m'a laissé perplexe de part sa consensualité et l'aspect visiblement politiquement très correct du propos. Reste à espérer qu'il s'agit bien d'un film de Oliver Stone et que cette BA n'est qu'un appâte chaland.
commentaire n° : 1 posté par : Aswip' (site web) le: 27/05/2006 00:25:02
Hum, en effet, l'exercice est ardu, l'hommage à l'humain qui a vécu ces attentats démesurés de plein fouet.
La bande annonce ne m'a pas pour autant convaincue, sans doute on ne réalise pas qu'on puisse faire un film sur ce thème. Le coté violon tout au long me laisse aussi perplexe car force le ton directement vers du mielleux larmoyant, ce qui ne m'inspire guère... Dans ce genre de style, je préfère les images brutes. Afin de laisser l'action parler d'elle-même.
J'ose espérer que ces vilains nappes de violons seront oubliées...
commentaire n° : 2 posté par : yerom le: 15/06/2006 18:57:22
ca s annonce mal pour un oliver stone. il est pro-bush ou quoi ?
commentaire n° : 3 posté par : jonbigood le: 19/06/2006 11:40:52
les vacances sont longues sur ton blog ! Il faudrait t'y remettre. Je t'ai découvert dans le magazine Marianne 489 de cette semaine, dans la rubrique Culture. Bon je vais continer de lire ce que tu as écrit. Amitiés. chris
commentaire n° : 4 posté par : chris (site web) le: 04/09/2006 14:43:51
Vouip Chris, en effet, il y a une pause dans les écrits actuellement. Petit congé de remise en forme des neurones mais c'est bientôt la rentrée !

Par ailleurs, je ne savais pas que l'on était cités dans la presse tiens...
Merci pour l'info !
commentaire n° : 5 posté par : yerom (site web) le: 06/09/2006 18:38:24
Ce film n'en vaut pas le détour. Oliver Stone n'a pas été très inspiré cette fois ci.
commentaire n° : 6 posté par : Pitpubman (site web) le: 30/10/2006 00:09:48

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