Jean Dujardin,
pensionnaire du petit écran durant de nombreuses années
dans des formats courts (cour, jardin, théâtre, humour) est
désormais satellisé tête d'affiche bankable du long
métrage. Autant se résigner à voir ses yeux farceurs
et son sourire ultrabrite dans le paysage
cinématographique français pour un moment tant le Loulou
à sa ménagère attaque sa nouvelle carrière
sur tout les fronts, avec un appétit vorace. Une douzaine de films
en un peut moins de trois ans.
Résolument cantonné à la comédie, si ce n'est
l'appartée Le Convoyeur, il offre pourtant des
prestations contrastées et subtiles qui rappellent qu'il n'est
pas un nouveau José Garcia, comme on a voulu nous le vendre, ni
un Michael Youn, les dieux de la comédie nous en préservent.
Il était comédien avant son énorme succès
télé. Retour à ses premières armes, donc,
avec l'incarnation de Brice De Nice en panoramique.
Le surfeur
le plus yellow de la côte d'azure n'en finit plus d'attendre LA
vague. Fils à papa sans mère, il traîne de fait un
sérieux Oedipe et s'est choisi une figure maternelle d'adoption,
LA mer.
Ce jeune branleur dans sa tête passe ses nuits à rêver
d'une sirène, ses
journées à se saper comme Pikachu, à analyser Breakpoint
pour la énième fois, paraffiner son surf ou encore vanner
à tour de bras. Les journées sont d'ailleurs fort longues
puisque le réveil sonne à 5 du mat afin de profiter de la
marée. Elles se ressemblent de surcroît. Cette routine compulsivement
obsessionnelle étant à peine "cassée" par
l'organisation d'une "yello" partie, on se dit que les scénaristes
ont intérêt à avoir dépouillé le dictionnaire
de la blague pour tenir la barre durant l'heure et demie du film, puisque
le bon mot semble être le seul argument de Brice De Nice.
Heureusement, le petit monde jaunasse de ce sympathique inadapté
de la vie va s'écrouler. Le confrontant aux dures réalités
d'un tout un chacun : travailler, braquer des banques. Il s'avère
aussi inepte pour ces activités que pour trouver sa sirène
mais va, chemin faisant, croiser le sauveur de l'entreprise Brice
De Nice, Marius La Caille, comme l'oiseau, alias
Clovis Cornillac. La valeur montante du cinéma
français.
Son interprétation
de Marius est à la (dé)mesure de celle de Dujardin,
qui du coup ne tire pas complètement la couverture à lui.
On évite l'asphyxie grâce à ce second rôle dyslexique,
hilarant et attachant. Sans nul doute Cornillac
doublera prochainement un personnage animé pour une production
Pixar ou Disney, dans une sorte d'adoubement corporatiste ultime, tant
cet
acteur est talentueux. Souhaitons lui plutôt de trouver LE premier
rôle qu'il mérite. Même Elodie
Bouchez apporte ici une certaine fraîcheur et que la grosse
comédie ne lui sied pas si mal.
- Qu'est-ce qui t'arrive, t'as mangé trop de Chamallows ou
quoi?
Entendons
nous bien sournoise voix dans ma tête, la réalisation de
James Huth n'a rien d'inspirée, le rythme est très inégal
et Brice De Nice fleure bon le plan marketing avisé
: l'album et son single funky qui vont bien, l'esthétique détournée
qui vous permettra d'acheter la panoplie Brice dont le mug et le t-shirt
jaune, les répliques auto-proclamées cultes sont livrés
avec le billet de cinéma.
Ils vous en coûtera la modique somme de 595 euros pour le packaging
complet. Sachant que le cœur de cible sont les consommateurs de boissons
gazeuses qui explosent leurs forfaits mobile en tentatives de sauvetage
des stars en devenir de la télé post moderne, le carton
est assuré.
Et même si Jean Dujardin s'en défend,
les ingrédients d'un succès prévisible sont largement
réunis et l'explosion de produits dérivés estampillés
d'une griffe Nike inversée fort probable. La Beuze
en plus bétonné.
Reste que
pour une comédie, décalée qui plus est, le niveau
de jeu des acteurs ne sera certainement pas étranger à ce
succès.
Aswip'
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