La Famille Haruna, si elle n'est pas forcement typique des familles rurales
nipponnes, est pour le moins pittoresque. Nobuo, le père, est thérapeute
et hypnotiseur de la vieille école et souvent distrait par les
nouvelles technologies. Sa femme, Yoshiko, travaille sur un pilote animé
visiblement aussi violent qu'elle est douce. Ayano, l'oncle, en pause
de son activité de sound designer semble en quête d'un passé
regrêté. Hajime, le fils, qui cours après un amour
déjà perdu jusqu'au prochain arrêt de son train ou
de son muscle cardiaque est un fin tacticien du jeu de go. Sachiko, la
petite fille, est habité par un "moi" surdimensionné
et volatile dont elle n'aura de cesse de se débarasser.
Tout ce petit monde tourne autour de son doyen de grand père, ancien
maître de la pose clé et chercheur invétéré
du LA. A moins que ce ne soit lui qui tourne autour de ce petit monde.
Tel un satellite facétieux, décoiffé et pas toujours
au diapason.
Katsuhito
Ishii
s'y entend visiblement pour ce qui est de créer du contenant plein
de contenu. Connu jusqu'ici pour être l'auteur de la fameuse scène
animé dans Kill Bill Vol. 1, il sera désormais
Le Réalisateur, avec des majuscules partout, de The Taste
Of Tea.
Le glissement dans son univers est subreptice, quasi immédiat.
L'acceptation se fait l'espace d'une première scène et vous
embarque jusqu'au bout du récit. Comme dans les films de Miyazaki.
On a d'ailleurs l'étrange impression que The Taste Of Tea
est une mise en images, prises de vue "réelles", de l'univers
du vieux maître de l'animation. Le naturalisme, l'onirisme, donnent
lieu à des plans très similaires. La quête de la petite
Sachiko est clairement et directement inspirée du personnage de
Meï, dans Mon Voisin Totoro.
Il suffit, pour s'en convaincre, de noter la présence de l'immense
chêne qui jouxte la maison des Haruno. Le rythme de la narration,
l'aspect contemplatif des personnages sont également des points
communs forts.
La mise en
scène concours pleinement à l'enchantement poétique
provoqué par le goût de ce thé là, au delà
des images et des idées. Les zones d'ombre de la trame étant
explicitées une à une au détour de plans amenés
de façon si opportune, qu'ils font immanquablement naître
un sourire complice sur la face d'un spectateur ravi qu'on le prenne si
subtilement à témoin. Ravi aussi d'avoir la primeur de chacun
des secrets des membres de la famille Haruno avant que ceux-ci ne se recoupent
pour former un tout.
Cette complicité qui donne au spectateur l'impression d'assister
à un moment privilégié, dans une communauté
d'union de circonstance. Le temps de 2h20 d'immersion totale. Un film
qui partage sans être ostentatoire ou calculateur.
Tout élément
négatif, voire pathogène, est rigoureusement exclu du métrage.
Sans échouer pourtant sur les écueils acérés
"mièvre" ou "niaiseux". Comme un petit miracle.
Et lorsqu'un trouble-fête tente de s'immiscer, il est immédiatement
et sévèrement châtié. Voir la scène
du patron délateur, un régal. Ou encore celles de yakusas
enterrés ou bien d'anciennes tigresses aux dents de sabre en proie
à des relents pulsionnels. En revanche, les effets spéciaux,
eux, sont très présents et portent ici idéalement
leurs noms. S'ils sont parfois douteux d'un point de vue technique, ils
offrent cependant un surcroît de densité à la narration
et aux situations. Comme autant de petits bienfaits. Car sous ses airs
décousus, The Taste Of Tea est une savante et
rigoureuse alchimie de composition. On y rit, on y est ému et touché
tour à tour sans avoir une seconde la pénible sensation
d'y être contraint.
Le centre
nevralgique de The Taste Of Tea est ainsi l'animation,
dont est issu Katsuhito
Ishii.
Et toute les composantes de création y sont réunies : l'observation,
la prise de vue, le mime, le flip-book, les paysages envisagés
comme des lay-out, jusqu'à la projection doublée en direct.
Même ce qui s'apparente à des temps mort ressemble à
de l'animation limitée. Affaire de rythme. Car le film respire.
S'il impose quoi que ce soit, c'est son tempo, sa musicalité faite
d'inspirations et d'expirations.
Un film qui se la joue feutrine et souplesse avant de vous avaler goulûment
comme un soleil dévoreur de planètes, sous de cieux différents,
chaque fois uniques et pourtant communs à tous. Car illuminés
par le même astre.
Aswip'
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