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16 mai 2005 1 16 /05 /mai /2005 00:00

Japon - 2001 (Shoujyo)


Genre : Liaison coupable
Réalisateur : Eiji Okuda
Scénario : Katsuhiro Manabe, Izuru Narushima
Directeur de la photo : Hirokazu Ishii
Casting : Eiji Okuda, Mayu Ozawa, Akira Shoji, Mari Natsuki, Hideo Murota...
Musique : Shigeru Umebayashi

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Belle affiche. Le portrait d'une jeune femme vue légèrement de plongée, aux lèvres plus gonflées qu'un fruit mûr, et dont le regard vague, presque ivre, invite à découvrir son dus nu orné d'un impressionnant tatouage. La prise de vue humide, vaporeuse même, avec sa profondeur de champs qui démarre à mi dos, le tout dans des teintes rouges-vertes de toute beauté, évoque une atmosphère lourde de sensualité. Le titre, un peu provoc avec cette mise en scène, suggère que l'on va déguster du fruit défendu, d'autant plus qu'il implique une Lolita-geisha… D'autres images s'installent d'emblée dans notre imagination, de corps enlacés, d'interdits transgressés, de cerises englouties jusqu'à la queue (va savoir pourquoi)... Une iconographie motivée par la charge érotique du pays du soleil levant, évoquée à plusieurs reprises aussi bien dans le cinéma local notamment dans l'oeuvre de Nagisa Oshima et son Empire des sens, qu'à l'échelle internationale comme dans le Pillow book de Peter Greenaway.

Autant s'arrêter là puisque Une adolescente n'a rien de torride ou de propice aux fantasmes de toute sorte. Je sais que dit comme ça je gâche votre prise d'élan d'autant plus que l'affiche en tête de page vous a chatouillé l'imagination. Pourtant ce premier film en tant que réalisateur d'Eiji Okuda n'est rien de plus qu'une histoire d'amour touchante, légèrement décalée entre deux âmes égarées, l'une d'une trentaine d'année l'ainée de l'autre. Le sulfureux suggéré par l'affiche, à peine prolongé par la première rencontre entre Tomokawa et Yoko s'estompe donc assez vite, et même le délicat tabou de la différence d'âge semble n'être qu'un obstacle moindre face à la sincérité de ce qui les réunit.

Sur les bases d'un authentique poème traditionnel des deux oiseaux à une aile qui volent accolés l'un à l'autre pour ne plus connaître que l'éternité du ciel, Eiji Okuda raconte l'histoire de Tomokawa, flic oisif de proximité, ancien voyou, dont le dos est recouvert d'un impressionnant tatouage représentant justement le mythique oiseau amputé. Interrompu dans sa sieste un jour de service, il fait la connaissance de Yoko, une adolescente de 15 ans plutôt entreprenante. Pas vraiment convaincu de la démarche affective de l'effrontée, Tomokawa décline toute propositions câlines mais s'en ressent troublé. Lui qui n'aime rien ni personne, qui kidnappe les animaux de compagnies afin de les rendre, auréolé d'une petite gloire, à leurs jolies propriétaires et d'obtenir une récompense sur l'oreiller, lui qui n'a plus grand chose à attendre de son quotidien d'un ennui profond, se laisserait bien aller à aimer. Yoko, fascinée par l'impressionnant tatouage voit en Tomokawa un être incomplet, chargé d'un passé qu'il porte physiquement derrière lui. L'adolescente maternée par son grand-père vieillissant, et responsable prématurée de Sukemasa son grand frère autiste, se jette ainsi à corps perdu dans cette relation idéalisée, comblant son vide affectif en s'occupant de celui de son interdit d'amant.

Bien sûr s'arrêter à ces quelques lignes de résumé ne rend pas franchement hommage à l'oeuvre d'Okuda. Petit défi aux moeurs japonaises, Une adolescente rend crédible, avec toute l'élégance possible, la liaison sincère entre ces deux âmes à la dérive. Même si l'ombre de l'inceste plane au-dessus de cette gentille fable, l'oeuvre se place à l'opposé des clichés des relations perverses tant exploitées dans certains mangas, pour mieux approfondir l'origine consciente et inconsciente d'une telle union amoureuse. Pourtant la mise en scène d'Okuada et le peu de poids qu'il donne à ses intrigues secondaires (le blocage de Sukemasa lié à un traumatisme infantile, la relation entre la mère de Yoko et Tomokawa...) plombe sensiblement son histoire. Ni vraiment une analyse, ni franchement une comédie dramatique, Une adolescente est une romance sobre, un peu maladroite avec certains passages bancals et quelques plans bouclés à l'emporte pièce. Un peu long, un peu lent, le film fatigue comme une interminable balade à bicyclette, laissant en chemin quelques spectateurs las d'attendre le fin mot de l'histoire. C'est d'autant plus usant que la conclusion apparaît assez évidente dès la première heure et qu'aucun accident de parcours ne viendra réellement mettre en doute cette issue, y compris cet énigmatique « coup de feu » hors champ en fin de projection, aussi inexplicable que volontaire.

Enzo

Le pour : Un zeste d'exotisme
Le contre :
Trop long d'une bonne demie-heure

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commentaires

Jerom5 31/05/2005 00:17

Très agréablement surpris (première visite!) par l' excellent choix des films :) good
Ce film m'a surtout rappelé les films de Kitano: poésie et esthétique un peu similaire, non? Surtout que hana-Bi finit aussi sur un coup de feu hors-champ! clin d'oeil ou quoi ?...