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10 juillet 2005 7 10 /07 /juillet /2005 00:00

Taïwan - 2001 (Qian nian men bo / Quianxi menbo)


Genre : Trip mélancolique
Réalisateur : Hou Hsiao Hsien
Scénario : Chu Tien-wen
Directeur de la photo : Lee Ping-bing
Casting : Shu qui, Jack Kao, Tuan Chun-hao
Musique : Lim Giong, Yoshihiro Hanno

Scénario
*****
Mise en scène
*****
Photographie
*****
Acteurs
*****
Effets spéciaux
*****

Vicky erre la nuit entre son appart et le club techno dans lequel elle arrondie ses fins de mois. Elle y croise, selon l'endroit et l'occasion, Jack son employeur aux petits soins, et Hao-hao son maniaque de concubin, avec qui elle vit depuis ses 16 ans. Le garçon possessif a instauré depuis longtemps un curieux rituel d'inspection qu'il suit scrupuleusement étape par étape lors des retrouvailles : dépiauter le sac à main, vérifier les comptes, les factures de téléphone, les messages sur le portable et même l'odeur à fleur de peau de son papillon nocturne, histoire de voir que tout est en place. Vicky de guerre lasse tolère ce manège paranoïaque malgré quelques manifestations d'excès allant parfois jusqu'à la fuite, régulièrement dans les bras confortables de Jack. Et Vicky revient, encore et toujours, vers Hao-hao, cédant plus ou moins aux larmoyants appels de son compagnon. Mais elle le quittera un jour, c'est décidé. Elle partira dès qu'elle aura dépensé les 500.000 dollars taïwanais dont elle dispose sur son compte en banque.

C'était il y a dix ans, en 2001.

Hou Hsiao Hsien (HHH pour les adeptes) réalisateur prolifique de la nouvelle vague taïwanaise, ouvre superbement son film avec un plan séquence de toute beauté. Sa caméra sur les talons d'une Vicky sautillante, suit l'étincelante beauté asiatique traversant, de nuit, une passerelle couverte, le temps d'une introduction en voix-off ramenant l'intrigue dix ans en arrière. La poursuite filmée au ralenti, doublée d'une bande son techno enivrante, sublime l'instant pourtant quelconque, pour atteindre une dimension tout autre, aquatique, vaporeuse, hypnotique... D'entrée la mise en forme flatte les sens et installe une atmosphère presque rêvée, glissant le spectateur dans un agréable état d'ivresse. Hou Hsiao Hsien suit le quotidien monotone de Vicky, seule, en couple, avec ses amis, en proie à ses doutes, rayonnante de petites joies, sans dire mot ou si peu. Dénué de structure temporelle autre que cette évocation de l'an 2001, et fort d'un montage d'instants de vie disséminés, il opte pour un traité mélancolique moderne résolument visuel autour du thème du souvenir de ses personnages. Il filme au plus près la délicieuse Shu Qi, auréolée d'une grâce irréelle, absorbant la moindre particule lumineuse des réverbères de rue aux néons des boîtes de nuit, exaltée de surcroît par l'oeil expert de Lee Ping-bing (à l'origine de la photo de In the mood for love) et accompagnée par les sourdes nappes House de Lim Giong. C'est beau.

Il faudra pourtant se contenter de cette extase plastique, n'en déplaise aux plus difficiles certainement déçu du manque de finalité de l'histoire. Hou Hsiao Hsien ne se lasse pas d'admirer Vicky, en tant qu'icône éphémère d'une jeunesse taïwanaise désabusée, et ne cherche jamais à répondre au peu de questions que pose le film, notamment en ce qui concerne les intentions de son héroïne. A ce sujet le réalisateur déclare même tâtonner dans sa quête de compréhension de la jeunesse actuelle et avoue volontiers ne pas être encore en mesure de donner une "forme" cinématographique idéale à cette nouvelle génération, ni d'illustrer au plus juste ce qu'elle vit. Les changements intervenus ces dernières années à Taïwan ont été nombreux, rapides et importants, la tendance allant vers une réorganisation complète du pays. Subissant de plein fouet les métamorphoses politiques internes et plus enclin au modèle japonais que celui traditionnellement chinois, la jeunesse taïwanaise essaye aujourd'hui d'oublier la précarité de la situation économique en vivant au jour le jour. C'est précisément cet instinct de vie que Hou Hsiao Hsien tente d'imprimer sur sa pellicule, fasciné par l'inexplicable, et par cette si belle jeunesse qui se consume d'aller nulle part, souvent seule dans son coin.

En fin de compte si toute forme narrative semble absente de Millenium Mambo c'est peut-être que les mots manquent à l'auteur pour exprimer ce désenchantement. Palliant cet handicap par l'image en illustrant visuellement des extraits d'un quotidien en boucle, il endigue l'absence de souvenirs de la jeunesse actuelle et offre à la mémoire taïwanaise le premier témoignage d'une génération à la dérive.

Enzo

Le pour :  Esthétiquement superbe
Le contre :
Déconseillé aux accrocs de la cafeïne

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commentaires

neil 15/06/2006 16:40

Salut, très sympa ton blog. Je suis d'ailleurs assez d'accord avec cette analyse. Un film avec un super travail sur la photo, une mélancolie à fleur de peau... mais qui manque quelquefois un peu de profondeur.

Aswip' 05/08/2005 19:10

Et je pense que Shu Qui et sa bouche en coeur t'y ont bien aidée, à être touché. Petit frippon.
Vue entre autre aux côté de Jackie dans Georgous, une comédie sentimentale d'action bien fresssssh. Avec Stephen Chow en guest. Un regal...

Enzo 03/08/2005 13:13

Merci ami internaute, sache juste qu'on essaye de varier nos interventions sur des films qui ont su attirer notre attention, en bien comme en mal. Millenium Mambo fait partie de ces films un peu à part qui joue sur les sens... On est touché ou non... Pour ma part ça marche.

Hoaegsi 24/07/2005 02:00

je suis satisfait de trouver un blog sur ce film que j'ai trouvé profond et sensuel