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Un village vit replié sur lui même, au milieu d’une forêt où des créatures aux aguets semblent attendre que l’on franchisse la frontière symbolisée par l’orée, pour casser la trêve avec les hommes…
Avant projection, certains spectateurs se délecteront d’aller voir Le Village, ressassant le doux ou douloureux souvenir des dénouements acrobatiques des précédents films (Sixième sens, Incassable, Signes) de M. Night Shyamalan, conteur-réalisateur coutumier évident et volontaire de la grosse claque narrative en fin de film. Certains autres (comme moi pour n’en citer qu’un) craindront cette habitude, devenue un véritable exercice de style pour le réalisateur, et lutteront du mieux qu’ils peuvent pour se laisser aller à la narration de l’histoire, plutôt que de guetter la galipette finale au risque de se sortir prématurément du film.
Il faut dire que M. Night Shyamalan nous tend quand même sacrément la perche en nous proposant pour la quatrième fois la même recette de la conclusion-surprise, à un point où l’on se demande s’il ne cherche pas constamment à provoquer son public, pourtant à l’affût, juste pour voir jusqu’où il peut garder le contrôle… en faisant rissoler de chaque cotés avant de servir. Le Village s’apprécie finalement beaucoup plus par sa mise en forme soignée et sa mise en place subtile que par son résultat attendu. Certaines idées de cadrage notamment valent le détour, plus par leur contribution à l’ histoire que par leur audace. Ainsi les caméras qui suivent la main d’ Ivy Walker (Bryce Dallas Howard) nous plongent dans un état d’hypnose à point nommé, et celles qui se dérobent presque, à la vue (ou non vue) des créatures, renforcent cet état d'angoisse dans lequel baignent les villageois. Quant au rythme, celui de certaines scènes, de courses et d’attentes, est plutôt bien rendu : on se laisse avec plaisir mener d’un bout à l’autre d’une action lors de plan-séquences mémorables.
Malgré l’orientation fantastique, assez proches des contes de sorcières, la mise en scènene se pare d’aucun artifices superflus ni d’effets visuels tant en vogue ces derniers temps. Le choix des teintes jamais criardes, plutôt descendues, sont celle émises d’un ciel constamment nuageux mais jamais orageux. Ainsi, confiné mais pas étouffé, le spectateur se familiarise aisément avec ce village et adopte sans violence le train de vie des villageois sous LA menace extérieure… Du coup les plus réticents au genre fantastique se font happer comme les autres et l’on se surprend à frémir légèrement d’effroi… à la simple vue d’un champs de baies, d’un rouge vif pour l'occasion. Les acteurs tout en sobriété suivent une ligne de conduite sans éclats dramatiques, malgré des traits de caractères forts, propices à l’excès(Lucius Hunt (Joaquin Phoenix) timide, presque lent mais loin d’être lâche, Ivy Walker (Bryce Dallas Howard) aveugle légèrement sous extase, et Noah Percy (Adrian Brody) en idiot du village). Chaque situations tombent juste, quelles soient anodines ou peu ordinaires et jouent sur des émotions relativement simples mais bien senties, le tout au service d’une histoire qui se déroule tranquillement vers sa fin inéluctable.
D’un point de vue global, les histoires de M. Night Shyamalan se dégustent finalement comme des épisodes de la quatrième dimension (ce qui est plutôt flatteur), notamment par la classe de leurs mises en scène, par le fantastique de leurs propos et par la conclusion inattendue, délicieuse et/ou dérangeante. D’un point de vue hors champs, chaque film du talentueux réalisateur s’inscrit dans un thème précis et colle assez justement à une actualité, elle bien réelle. Là où Incassable mélangeait le retour à la mode des super-héros au besoin typiquement américain de se retrouver une force emblématique et … incassable… en la personne de Bruce Willis, Le Village joue sur la peur d’une menace extérieure et des moyens de s’en protéger et/ou de négocier avec… Sûrement en tant qu’écho pertinent de la situation américaine face à la crise des pays arabes.
Enzo
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